Nouveau service de l’application de recommandation To see or not to see, To See Pro utilise des outils algorithmiques pour mettre en lien les lieux culturels avec des compagnies proposant des spectacles qui pourraient les intéresser.

Créer la rencontre entre un théâtre et une compagnie susceptible de lui proposer un spectacle approprié : tel est l’objectif de To See Pro, un nouveau service de la plate-forme To see or not to see, qui s’inscrit dans le prolongement d’une dynamique initiée depuis plusieurs années par des acteurs tels que quelspectacle.com.

La diffusion au cœur du modèle économique

Lancé en 2016, To see or not to see a pour objectif d’aider les spectateurs à trouver des spectacles à leur goût en fonction de leurs envies et des émotions qu’ils en attendent. « C’est un peu l’Allociné du spectacle vivant, précise Pierre Beffeyte, président et fondateur de la société, lui-même issu du monde de la production. La plate-forme est très présente à Avignon, permettant aux spectateurs de faire des choix quand il y a une offre très importante et qu’il est difficile de s’orienter. »

Pierre Beffeyte (© Profession Spectacle)

Pierre Beffeyte (© Profession Spectacle)

Depuis trois ans, l’entreprise travaille sur cet autre service à destination des professionnels. Opérationnel, To See Pro devrait être utilisable en juillet lors du festival Off d’Avignon, que Pierre Beffeyte connaît bien pour avoir été le président de l’association Avignon festival & compagnies (AF&C), qui coordonne l’événement, jusqu’en décembre dernier. Si le festival ne devait pas avoir lieu, le service ferait sa sortie commerciale quoi qu’il arrive en septembre. « La question de la diffusion est centrale dans le modèle économique de la production de spectacle, souligne Pierre Beffeyte. C’est parce que vous arrivez à vendre que vous pouvez produire de nouveaux spectacles. Si une compagnie veut proposer une comédie musicale, elle doit chercher à identifier quel lieu a déjà proposé ce genre de spectacle ou quel théâtre a déjà travaillé avec tel ou tel artiste de sa production. L’application réalise ce filtrage pour faire gagner du temps aux compagnies. Aujourd’hui, le digital permet d’analyser ces données de façon beaucoup plus efficaces et plus rapides alors que c’est très chronophage. »

Inversement, le service permet aussi à des directeurs de théâtres et de lieux culturels de trouver des spectacles pour leur programmation.

Diversité culturelle

Le couplage entre compagnies et espaces culturels se réalise grâce à trois algorithmes développés par l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA). « Le premier fait l’analyse sémantique des contenus, comme des notes d’intention des auteurs ou des articles de presse, poursuit le président. Par exemple, Le Nez de Gogol peut être pris comme une farce ou comme un pamphlet politique. Par l’analyse de la note d’intention, on pourra orienter la pièce vers un théâtre engagé politiquement ou qui propose plutôt du divertissement. »

Un autre algorithme croise les données par similarité, en comparant la distribution et en orientant des artistes vers des théâtres avec qui ils ont déjà travaillé. Enfin, le troisième algorithme analyse les réactions des théâtres. « Si on s’aperçoit qu’un utilisateur ne s’intéresse pas à ce que nous proposons, nous chercherons à créer de nouveaux liens pour affiner nos mises en relation grâce à l’intelligence artificielle. »

L’application a pour objectif de favoriser la diversité culturelle dans ses propositions tout en ciblant les attentes des différentes salles. « Les théâtres auront toujours la possibilité de demander quelque chose d’inattendu, illustre Pierre Beffeyte. Mais par exemple, nous ne proposerons pas de danse à une salle qui n’a pas les bonnes dimensions pour accueillir ce genre de représentation. »

L’État actionnaire

Le service ne sera payant que pour les compagnies, à raison de vingt-cinq euros par mois et par spectacle. « Nous ne jugeons pas la valeur artistique des spectacles, prévient Pierre Beffeyte. La condition pour ouvrir un compte est seulement d’être une compagnie professionnelle avec un numéro de licence ; les compagnies amateurs n’ont pas leur place sur le service. Mais c’est au programmateur de se faire sa propre idée parmi nos propositions. »

Pour lancer ce nouveau service, la société a levé 1,4 million d’euros auprès de la Caisse des dépôts. « Nous avons tenu à ce que l’État fasse partie des actionnaires de la structure pour garantir la transparence et le fait que cela reste un outil au service de la profession », précise Pierre Beffeyte. Pour le président, il est nécessaire que les professionnels du spectacle s’emparent de ce genre d’outil avant que d’autres opérateurs ne le fassent à leur place.

Chloé GOUDENHOOFT

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