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“Tout ce qu’il me reste de la révolution” : Judith Davis entre Rosa Luxembourg et Bridget Jones

“Tout ce qu’il me reste de la révolution” : Judith Davis entre Rosa Luxembourg et Bridget Jones
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Angèle (Judith Davis) est une militante en colère. Tout l’afflige et lui nuit dans le monde d’aujourd’hui : la ville embouteillée, les distributeurs automatiques qui ont remplacé les bistros, les discours vides de sens.

Cette militante née est issue d’une famille de militants. Mais après les déceptions du mitterrandisme et la chute du Mur, ses membres ont renoncé à l’engagement. Sa mère (Mireille Perrier) a disparu à la campagne. Sa sœur aînée (Mélanie Bestel) a épousé un jeune loup de la steppe managériale dont elle a eu tôt fait d’embrasser le mode de vie. Son père (Simon Bakhouche), chez qui Angèle se réinstalle après avoir perdu son travail, vit dans la nostalgie d’un temps perdu. Seules Angèle et sa fidèle amie Léonor (Claire Dumas) ont encore la foi du charbonnier.

La génération X, née après le baby boom, n’a pas eu de chance. Post soixante-huitarde, elle a connu le déclin des idéologies qui avaient bercé ses parents : communisme, maoïsme, tiers-mondisme, féminisme… Les luttes se sont diffractées, l’espoir d’un Grand Soir a régressé, l’engagement militant s’est fracassé sur le mur des égoïsmes et de l’ironie cynique. La génération X a hérité d’un second legs dont elle se serait bien passé : la crise du marché du travail, la montée du chômage, la difficulté à trouver sa place dans un monde qui ne l’a pas attendue.

Judith Davis porte à l’écran la pièce qu’elle avait montée avec le collectif L’Avantage du doute. Les mêmes acteurs l’entourent (notamment l’étonnante Claire Dumas à qui on aimerait promettre une belle carrière), auxquels se rajoutent des visages plus connus : Malik Zidi et Mireille Perrier. Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes évoquait déjà la trace laissée par l’engagement militant de ses parents : mais le film, sorti en 1993, racontait l’année 1958. Sorti l’an dernier, assassiné par la critique et boudé par les spectateurs, Les Affamés, mettait lui en scène des jeunes pleins d’imagination pour trouver coûte que coûte leur place dans la société.

Tout ce qu’il me reste de la révolution a sa façon bien à lui de traiter de sujets importants : le militantisme, la – saine – révolte face aux inégalités du monde, les difficultés de la mobilisation collective. Il le fait avec une ironie qui n’est pas sans rappeler Au nom des gens : Angèle (Judith Davis) est une cousine de Bahia (Sara Forestier) dont elle partage l’énergie et la capacité de mobilisation.

Le film semblait bien lancé dans sa première moitié. Il s’affadit dans sa seconde, quand les questionnements politiques de l’héroïne se replient sur des névroses personnelles. On se serait bien passé du coup de foudre, aussi charmant soit-il, qu’elle vit avec un séduisant instituteur et de ses retrouvailles sans paroles avec sa mère. Un peu Rosa Luxembourg, un peu Bridget Jones, c’est dans le premier de ces deux rôles qu’on préfère Judith Davis.

Tony PARODI

 



Judith Davis, Tout ce qu’il me reste de la révolution, France, 2018, 88mn

Sortie : 6 février 2019

Genre : comédie

Classification : tous publics

Avec Judith Davis, Mireille Perrier, Mélanie Bestel, Simon Bakhouche, Claire Dumas, Malik Zidi, Nadir Legrand, Yasin Houicha

Scénario : Cécile Vargaftig, Judith David

Musique : Boris Boublil, Julien Omé

Production : Agat Films & Cie / Apsara Films

Distribution : UFO distribution

En savoir plus sur le film avec CCSF : Tout ce qu’il me reste de la révolution

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