Convoqué à un entretien préalable au licenciement, un conseiller de Pôle Emploi rennais assure n’avoir fait que son travail en aidant des chômeurs à se faire indemniser.

Ils étaient une soixantaine d’intermittents rassemblés devant les locaux de Pôle Emploi Bretagne à Rennes (Ille-et-Vilaine), mardi 23 juin, pour soutenir Yann Gaudin. Ce conseiller était convoqué à un entretien préalable pour une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement alors qu’il aidait, selon un collectif, les chômeurs à récupérer des allocations non versées.

« Nous […] tenons à affirmer tout notre soutien à Yann Gaudin, conseiller Pôle Emploi visé par une mesure de sanction pouvant le mener à un licenciement le 23 juin 2020 », écrit dans un communiqué un collectif de soutien constitué d’« organisations et de syndicats de l’intermittence de l’emploi, du spectacle, des arts et de la culture ». Il dénonce dans un blog hébergé par Mediapart ces dysfonctionnements.

Yann Gaudin, 43 ans, a été recruté en 2006 comme salarié de droit privé. C’est en 2014 qu’il identifie une première « anomalie », raconte-t-il à 20 minutes. Elle concerne les intermittents du spectacle en fin de droits qui pouvaient alors prétendre à une aide spécifique de solidarité d’un montant de 324 euros. Sauf que le conseiller a découvert que le dossier de demande ne leur était pas transmis, les privant ainsi de cette aide. Pour les informer de leurs droits, Yann Gaudin prend alors l’initiative de rédiger un mail à 8 000 intermittents bretons. Une initiative qui n’a pas beaucoup plu à sa direction et lui a valu une première convocation. « À partir de là, j’ai commencé à me méfier et à tout vérifier », indique le conseiller. Il a d’ailleurs permis à nombre d’entre eux de récupérer des allocations non versées. Un préjudice financier pour eux estimé à environ 200 000 euros, rapporte Le Parisien.

« Je n’ai pas commis de faute »

« On me reproche d’avoir trop bien fait mon travail et de dépasser mon périmètre, mais il n’y a pas de périmètre clos dans mon contrat de travail », résume cet ex-candidat EELV aux municipales, qui se dit « contraint » de se positionner en lanceur d’alerte « après avoir suivi la voie hiérarchique ».

« Je n’ai pas commis de faute, il n’y a aucun fait à l’appui. Ce sont des bêtises managériales et dans le contexte actuel où des gens vont être en détresse financière et psychologique, ce n’est pas le bon moment pour faire ce genre de choses », a expliqué le conseiller mardi 23 juin en sortant de cet entretien. Il dispose de cinq jours pour saisir une commission paritaire nationale chargée de rendre un avis consultatif sur son cas. Yann Gaudin dit envisager également une procédure devant les prud’hommes pour harcèlement moral, et peut-être au pénal.

Le directeur de Pôle Emploi Bretagne, Frédéric Sévignon, a évoqué de son côté une « procédure classique entre un employeur et l’un de ses salariés » pour un contentieux à l’œuvre « depuis 2015 ». « Pôle Emploi souhaitait recueillir ses explications sur un certain nombre de dysfonctionnements. Le contentieux entre Monsieur Gaudin et Pôle Emploi ne concerne en aucun cas ses déclarations publiques et le statut de lanceur d’alerte dont il se prévaut depuis peu », a précisé M. Sévignon, ajoutant qu’une sanction avait été prise en 2019 et que cet entretien était « l’aboutissement d’une nouvelle procédure engagée ces derniers mois ».

Jacques GUILLOUX