Instant classique – 25 juin 1799… 221 ans jour pour jour. Beethoven met la dernière main à son premier quatuor à cordes, qu’il avait beaucoup travaillé et retravaillé depuis de nombreux mois. Ce n’est sans doute pas la première fois qu’il en écrit, puisqu’on sait qu’il avait composé trois quatuors avec piano alors qu’il était adolescent, mais il n’y fera jamais référence.

Ce premier quatuor inaugure une série de six au total, tous inscrits sous le numéro d’opus 18, et tous dédiés au prince Lobkovitz, ami et protecteur de Ludwig van Beethoven. C’est d’ailleurs Lobkovitz qui présente en 1798 Karl Amenda à Beethoven. Ce violoniste de talent, que Constance Mozart a engagé pour donner des cours à ses enfants, devient un ami très proche du compositeur – dont on connaît le caractère un peu bourru. C’est d’ailleurs l’un des rares que Beethoven tutoie. Amenda repart malheureusement dans sa Lettonie natale dès 1799, mais les deux hommes correspondent chaleureusement souvent. C’est ainsi qu’on sait que Beethoven a corrigé plusieurs fois ce premier quatuor, même après le 25 juin 1799, et qu’il le lui a dédié plus spécifiquement, comme on le voit sur la première page du manuscrit, retrouvé par hasard en 1872 en Russie : « Cher Amenda ! Prends ce quatuor comme un petit signe de notre amitié, en souvenir des jours passés ensemble, où nous étions intimement liés et reste pour toujours ton ami et chaleureux Ludwig van Beethoven. »

Preuve de la remise de l’ouvrage sur le métier, dans une lettre à son ami (en juin 1801), Beethoven écrit : « Ne laisse pas jouer plus longtemps ton quatuor car je l’ai beaucoup transformé. Je sais enfin maintenant écrire bien les quatuors« . Ce ne sera pas tout à fait l’avis de Joseph Haydn – qui a avec Beethoven des rapports compliqués – qui jugera que ces quatuors (dont le premier, réputé le plus abouti) ne sont qu’une fusion de son style avec celui de Mozart.

Toujours sur le manuscrit, décidément bien bavard, Beethoven a écrit : « Les derniers soupirs ». Selon Amenda, Beethoven lui avait joué l’adagio et demandé ce qu’il suggérait. Amenda, sur le départ, lui avait répondu qu’il songeait à deux amis qui allaient se séparer. Beethoven lui avait répondu qu’il avait pensé, lui, à la scène du tombeau de Roméo et Juliette.

En attendant, quoi qu’en pense Haydn, ce quatuor est fort joli, en particulier ce fameux adagio. Voici néanmoins l’intégralité de cette partition intéressante : c’est l’année Beethoven !

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »