Projet hybride qui mêle art lyrique et musique noire contemporaine, l’opéra We Shall Not Be Moved (« On ne nous virera pas »), dont c’était la première hier à Philadelphie, part d’un fait divers réel pour porter un regard moderne sur la question raciale aux États-Unis. Le contexte, c’est celui de l’assaut par la police de Philadelphie d’un bâtiment occupé par des activistes noirs qui refusaient de se rendre, en mai 1985.

[avec AFP]

Pour reprendre le contrôle de la situation, les forces de l’ordre avaient lâché une bombe depuis un hélicoptère, fait unique dans les annales du maintien de l’ordre aux États-Unis, provoquant la mort de 11 personnes, dont 5 enfants.

Dans l’opéra, cinq adolescents squattent l’un des immeubles endommagés par la bombe et échangent avec les fantômes des activistes disparus. Ils se trouvent aussi plus tard confrontés avec une policière d’origine hispanique, qui a grandi dans le quartier mais incarne désormais l’ordre. Les cinq jeunes amènent aussi dans la conversation leur propre expérience. L’un d’entre eux notamment est transgenre.

Mélanger opéra et R&B

Le projet ne vise pas à revisiter un fait divers, mais à donner de la perspective au débat sur les relations interraciales. La musique mêle la musique classique à des éléments de plusieurs genres de la musique noire, du hip-hop au funk en passant par le jazz ou le R&B.

« Les principaux obstacles sur le plan musical étaient amusants, se rappelle Daniel Bernard Roumain, le compositeur américano-haïtien. Comment incorporer des artistes qui déclament avec un mezzo-soprano ? Comment faire chanter, côte-à-côte, des chanteurs de R&B avec des chanteurs d’opéra chevronnés ? »

Dates prévues

Après ses débuts à Philadelphie, dans le cadre du nouveau festival de l’opéra de Philadelphie « O17 », We Shall Not Be Moved sera joué au légendaire Apollo Theater de Harlem, à New York, les 6 et 7 octobre. La troupe prendra ensuite le chemin de l’Europe, où elle se produira au théâtre Hackney Empire du 14 au 21 octobre.

Brice WATTEZ

Correspondant Amérique du Nord


Photo de Une – We Shall Not Be Move (crédits : Dominic M. Mercier)