Doté du seul et unique « pôle d’excellence Voix d’enfants/Espace scénique » en France, Vesoul souhaite rayonner dans tout le département de Haute-Saône, grâce à son théâtre et son musée, en créant des « ambassadeurs » locaux ou en investissant dans de nouveaux lieux dédiés à la création artistique pluridisciplinaire. Rencontre avec le maire de la ville, Alain Chrétien, et son équipe.

« T’as voulu voir Vesoul, et on a vu Vesoul ! » De Vesoul, pour qui n’habite pas à proximité, nous connaissons surtout la chanson de Jacques Brel. Et pourtant… Avec son théâtre Edwige-Feuillère, le cinéma Majestic, le centre culturel François-Villon, ses écoles de musique et de dessin, et le musée Georges-Garret, « Vesoul n’a pas à rougir de son patrimoine ». C’est ce qu’affirme le maire de la ville, Alain Chrétien (Agir, LREM), qui vient d’entamer un second mandat et qui dit vouloir mener une politique culturelle ancrée sur le territoire.

Classée « Cité Patrimoine », au cœur de la région Bourgogne-Franche-Comté, Vesoul allie tradition et modernité. Là où l’histoire industrielle de l’automobile et le patrimoine sont liés, au centre mondial de pièces détachées de l’usine Peugeot dont les plus anciens édifices sont classés à l’inventaire général du patrimoine culturel, les manifestations sont riches et variées, avec le festival Jacques-Brel ou encore le festival international de cinéma asiatique qui affiche 30 000 entrées, soit l’équivalent de la population de Vesoul.

Le musée Gérôme

Deux structures sont au cœur de la vie culturelle vésulienne : « Sa première locomotive est le théâtre Edwige-Feuillère, scène conventionnée de sept cents places qui sera bientôt la seule scène nationale du département, pointe Alain Chrétien. La seconde, c’est Jean-Léon Gérôme, peintre sculpteur né à Vesoul en 1824, dont on fêtera le bicentenaire de la naissance en 2024. Je souhaite que Vesoul soit à Gérôme ce que Ornans est à Courbet. »

Le musée Georges-Garret, qui porte le nom de l’un des prédécesseurs d’Alain Chrétien, sera à cette occasion réhabilité et rebaptisé Gérôme, pour honorer celui qui fut le peintre officiel de Napoléon. « Nous sommes en train de rédiger le projet scientifique et culturel en partenariat avec la DRAC, précise-t-il. C’est aussi l’occasion d’une refonte de l’attractivité du centre-ville. Notre objectif serait de lancer les travaux en 2024. »

Un pôle Voix d’enfants/Espace scénique

Sur un budget total d’1,2 million d’euros consacré à la culture, la moitié – soit 600 000 euros – est investie dans la programmation culturelle du théâtre. « On peut faire beaucoup avec peu, c’est juste suffisant pour avoir un théâtre de qualité, à la hauteur de nos ambitions », commente le maire de Vesoul.

Avec une programmation pluridisciplinaire proposant plus de cent représentations par an, ce théâtre fait figure d’exception pour deux raisons : d’une part, il est un des rares établissements français à être dirigé par une femme, Charlotte Nessi ; d’autre part, il est le seul et unique « pôle d’excellence Voix d’enfants/Espace scénique » en France, investi dans la formation des chefs de chœur, où enfants et adolescents ont par ailleurs l’opportunité de bénéficier du plateau une centaine de jours par an.

Depuis sa nomination en 2009, Charlotte Nessi contribue au dynamisme de la ville en développant notamment des opéras participatifs et des opéras promenades. Elle dirige parallèlement l’Ensemble Justiniana, compagnie nationale de théâtre lyrique qui fêtera bientôt ses quarante ans et qui fut l’une des quatre premières compagnies labellisées d’intérêt national en 1998. « Après dix ans de collaboration, la mission de l’Ensemble Justiniana sera transférée au théâtre dans les prochains mois », indique Charlotte Nessi.

« En dix ans, le théâtre a vu sa fréquentation plus que doublée, passant de sept cents abonnés en 2010 à deux mille aujourd’hui, s’enthousiasme le maire, qui a plaidé en février dernier pour une vision plus décentralisée et pragmatique de la réouverture des lieux culturels. Hors période COVID, il est rempli à 88 %, c’est un réel succès ! »

Les ambassadeurs du théâtre

Pour faire venir le public, aussi bien dans ses murs que hors-les-murs, des correspondants locaux diffusent la programmation du théâtre. « Nous avons entre trente et quarante ambassadeurs chargés de faire le relai du programme et de rabattre un peu amis et voisins dans les différentes communes du département, explique Alain Chrétien. Les Hauts-Saônois doivent pouvoir s’approprier leur théâtre, on a mis ça en place pour mieux irriguer le territoire. »

Certains d’entre eux assistent également aux répétitions du Pôle d’excellence Voix d’enfants/Espace scénique, auquel s’intéressent aussi les parents. « Leurs enfants s’inscrivent pour une aventure qui dure parfois cinq ans d’affilée, ajoute Alain Chrétien. Les enfants commencent à douze ans et terminent à dix-sept ans. Les parents suivent tout ça ! »

Un futur lieu de création

En plus des différentes manifestations qui rythment l’année, une programmation bimensuelle est dédiée au « street art », sur le modèle du MUR Oberkampf – du nom de ce mur parisien à l’angle de la rue Saint-Maur et de la rue Oberkampf, qui est recouvert, deux fois par mois, par une nouvelle œuvre artistique. « Il y a la fresque de l’artiste et ses œuvres sont parallèlement exposées à l’ECAU, l’Espace contemporain art urbain, fait remarquer Sonia Wicky, directrice de la communication et du tourisme. Les trente-cinq autres villes qui possèdent un MUR comme celui-ci n’ont pas forcément ce lieu supplémentaire. »

L’autre projet important de la ville, piloté par Alexandre Garniron, adjoint en charge de la communication et de la culture, est la réhabilitation d’un bâtiment délaissé de la SNCF en espace artistique pluridisciplinaire et végétalisé. « Ce sera un lieu innovant dédié à la création, avec un jardin partagé, situé tout près de la voie verte », précise-t-il.

Sur un territoire rural tel que le département de la Haute-Saône, où les 230 000 habitants représentent la démographie de villes comme Rennes et Lille, la municipalité de Vesoul et ses partenaires font le pari de fédérer autour de lieux culturels et de projets artistiques très divers.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté

 



Crédits photographiques : Morgane Macé / Profession Spectacle

Alain Chrétien et Alexandre Garniron devant une reproduction Bachi Bouzouk noir de Gérôme, par Andrea Ravo Mattoni (© Morgane Macé / Profession Spectacle)

Alain Chrétien et Alexandre Garniron devant une reproduction Bachi Bouzouk noir de Gérôme, par Andrea Ravo Mattoni (© Morgane Macé / Profession Spectacle)