Vik Muniz, brésilien et illusionniste low tech

Vik Muniz, brésilien et illusionniste low tech
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À peine sortis des bacchanales théâtrales, Avignon cité papale et la Collection Lambert accueillent jusqu’au 22 septembre les photographies monumentales de l’artiste brésilien Vik Muniz, qui interrogent la figure du sacré dans l’imaginaire notre temps.

Il est l’artiste brésilien résidant à l’étranger le plus vendu dans le monde. Vik Muniz, né à Sao Paulo au sein d’une famille pauvre – son père était serveur –, vit aujourd’hui entre New York et Rio de Janeiro. Il utilise les grains de riz, le sucre, des soldats de plomb et fait son miel des objets et images du quotidien. Il est célèbre pour son portrait de Che Guevara au ketchup, sa Joconde au beurre de cacahuètes et l’assassinat de Marat dans sa baignoire. Vendu aux enchères chez Sotheby’s au profit des chiffonniers du Brésil, ce dernier tableau a été exécuté à partir de détritus ramassés dans une décharge à ciel ouvert. Il a aussi gravé un château de sable dans un grain de sable microscopique !

Sa nouvelle exposition est intitulée « Imaginaria ». Ce sont, cette fois, des photographies de photographies, des photomontages de découpages, des œuvres monumentales ainsi que des fractales. On les observe de loin comme un tout mais aussi de très près, dans leur multiplicité presque cosmique : un univers vertigineux où l’on plonge de l’infiniment grand vers l’infiniment petit et vice-versa. La technique du découpage et du collage est un grand classique chez lui, de même que la copie. Il explique volontiers que la dictature de son enfance a forgé son goût pour la « métaphore » par laquelle il s’exprime aujourd’hui. Histoire de dire… sans dire !

Pour cette nouvelle exposition, il évoque quinze saints catholiques peints par de grand artistes de la Renaissance. En les plagiant, il questionne non seulement la notion de copie mais aussi l’omniprésence du sacré dans l’art. Nous découvrons ainsi sainte Rita, patronne des causes désespérées, représentée avec des roses dans les mains. Au centre de la fleur, nous voyons le visage de Frida Kahlo et, dans l’azur autour de la sainte, la robe d’éther de Marie-Antoinette, un perroquet bleu, un dauphin bleu, un jean, un cosmonaute, la Statue de la Liberté et Elvis. « InRi » figure sur la croix du Christ ? C’est en vérité un découpage du journal O Globo pour « In Rio » ! Comme dans une mosaïque ou un vitrail, la partie dialogue avec le tout.

Ce questionnement sur la colonisation des esprits et des arts par la religion et sa cohorte de saints intervient à point nommé, au moment où le Brésil et le monde vivent un moment critique de leur histoire, avec des fous qui se réclament de Dieu à la tête de plusieurs pays. Ainsi la mainmise des évangéliques (chrétiens non catholiques) sur le Brésil doit-elle être vue à la lumière de ce pays jusqu’ici catholique, qui n’avait jamais fait la rupture entre l’État laïque et l’Église. C’est également vrai au-delà du Brésil, en attestent deux mille ans d’histoire occidentale marquée par l’art sacré. Vik Muniz s’adresse à l’inconscient collectif.

Ses quinze tableaux sont un détournement d’intentions et un étourdissement. Ils nous parlent de l’état du monde. Telles les Twin Tower…  Il dit être un minimaliste quand son matériau évoque la profusion. Ceci est un saint. Ceci est une photo. Ceci est un découpage, un avion, une paire de ciseaux, un papillon. De son prénom Vincent, l’artiste brésilien a découvert l’art dans les livres de bibliothèque ; il se définit à cinquante-six ans comme un « illusionniste low tech ». Au rez-de-chaussée de la Collection Lambert, c’est un autre matériau – du végétal, des sarments et des poussières de vigne – avec lequel il s’exprime magnifiquement, racontant la vigne en deux minutes pour une grande marque de champagne.

Qu’il copie les stars d’Hollywood avec des diamants, les monstres avec du caviar, les chiffonniers avec des détritus, son œuvre n’est jamais pérenne. Une fois terminée, elle devient « photographies » au pluriel. Car il lui faudra plusieurs générations de clichés et de tirages pour que les détails s’estompent… À la fois travail de peintre (couleurs), de sculpteur (reliefs) et de photographe, son art est politique car il prépare le spectateur à décortiquer l’information : que me raconte-t-on finalement ? Et surtout, comment est-ce fabriqué ?

Kakie ROUBAUD

« Imaginaria » de Vik Muniz, Avignon Collection Lambert –  Le Grand Arles Express
J
usqu’au 22 septembre 2019 de 11h à 19 h

SANTA-RITA de Vik MunizSanta-Rita de Vik Muniz



 

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