La culture selon… Jean-Luc Mélenchon

Dans L’Avenir en Commun, titre du programme publié par Jean-Luc Mélenchon en décembre dernier, la culture est balayée en quelques mots : il est évident qu’elle ne joue qu’un rôle anecdotique pour le candidat insoumis, en comparaison des réformes institutionnelles ou de l’économie. Triste constat qu’est venue contrebalancer, enfin, la parution d’un livret spécifiquement dédié à la question culturelle.

Nous disposons désormais des éléments nécessaires pour comprendre la pensée de la France Insoumise sur la culture, à commencer par le premier point, pivot de tous les candidats : le budget alloué au ministère de la culture. Jean-Luc Mélenchon, à l’instar de Benoît Hamon, souhaite le porter à 1 % du PIB, soit 20 milliards d’euros contre 7,3 aujourd’hui. La France Insoumise propose trois grands axes de réflexion qui sont autant d’actions à mener.

I. Sortir la culture des logiques de la rentabilité

II. « Démocratiser » la culture

III. Soutenir la création et les artistes

I. Sortir la culture des logiques de la rentabilité

Partant du constat que les politiques culturelles sont encore trop déterminées par des logiques de rentabilité, faussant le rôle de l’État, Jean-Luc Mélenchon évoque d’emblée une série de mesures visant à extraire la culture de la « loi de la rentabilité ».

L’intention première étant de soutenir le public, le candidat insoumis évoque non seulement une aide aux loyers et aux travaux pour les petits commerces culturels tels que les librairies ou les disquaires, mais encore la création d’un Centre National du Jeu Vidéo et d’un Centre National de la Musique, une des promesses non tenues de François Hollande, sur le même modèle que le CNC pour le cinéma.

S’extraire des logiques de rentabilité passe, sur le plan international, par la sortie de la culture du champ des échanges marchands au sein de l’Union Européenne et de l’Organisation Mondiale du Commerce. Cette proposition nébuleuse semble confondre l’objet culturel et l’enjeu de la relation au sein des échanges culturels, fondement des droits culturels inscrits dans la loi française et européenne.

Contre l’emprise des multinationales, Jean-Luc Mélenchon veut créer une plateforme en ligne offrant légalement musiques, films… Si Benoît Hamon acquiesce sur ce point précis, Jean-Luc Mélenchon ajoute la suppression des aides fiscales ou indirectes aux gros distributeurs du web tels que Amazon ou la Fnac.

Enfin, le combat contre la pollution publicitaire reste l’un des étendards de la France Insoumise :

  • impossibilité pour les entreprises à renommer des lieux publics (Accor Hotels Arena),
  • interdiction des panneaux publicitaires numériques, écologiquement très nuisibles,
  • création d’un fonds d’appui pour les communes souhaitant changer leurs panneaux publicitaires en espaces d’affichage culturel et d’expression libre.

II. « Démocratiser » la culture

Deuxième axe, deuxième action : la démocratisation de la culture. Ce vieil adage socialiste comporte, pour Jean-Luc Mélenchon, deux volets : l’accessibilité à la culture et la « révolution citoyenne ».

Nombreuses sont les propositions qui visent à donner accès à la culture :

  • gratuité des musées le dimanche,
  • jumelage des écoles avec des établissements culturels,
  • augmentation des subventions aux associations culturelles,
  • ou encore recrutement de professeurs spécialisés au sein de l’Éducation Nationale.

Au cœur de ce dispositif, une mesure phare et novatrice : le conditionnement des subventions à la construction conjointe de programmations culturelles, par les lieux ET le public.

Ce que le candidat Mélenchon appelle « révolution citoyenne » consiste en une série de petites réformes visant à niveler les avantages :

  • suppression des niches fiscales du mécénat,
  • intégration des œuvres d’arts sur l’ISF,
  • participation du public aux conseils d’administration des grands établissements culturels,
  • non-cumul des mandats culturels dans le temps,
  • interdiction du sponsoring privé dans les événements publics,
  • ou encore la reprise d’une idée inspirée de Victor Hugo : la remise des droits d’auteurs, après le décès d’un artiste, aux revenus publics afin de financer la création.

III. Soutenir la création et les artistes

Dernier axe majeur du programme : la revalorisation des artistes et de la culture au sein de la société française.

Concernant l’éducation artistique, Jean-Luc Mélenchon propose d’une part de sortir les écoles d’art du statut d’Établissement public de coopération culturelle, d’autre part de développer une filière professionnelle de création numérique.

La protection des artistes fait l’objet d’une proposition obsolète : le candidat évoque la « garantie de la liberté de création »… formule équivoque déjà présente dans la récente Loi NOTRe ! A cette mesure inutile, il faut néanmoins ajouter l’extension du régime des intermittents aux artistes visuels, précaires.

La suppression de la Hadopi, autre promesse non-tenue du président Hollande, sera réalisée au profit d’une cotisation universelle sur l’abonnement internet : la fameuse « licence globale ».

Enfin, deux mesures importantes, relatives au patrimoine :

  • la taxe du 1 % artistique sur la construction des grands bâtiments privés et publics,
  • et un investissement pour la conservation et le partage des archives publiques.

Conclusion

Le programme de Jean-Luc Mélenchon est indéniablement plus étoffé que celui de ses concurrents, du fait de la longue concertation démocratique qui l’a précédé. Toutefois, la réalisation de ces innombrables promesses est soumise aux prévisions de croissance et à l’impact du programme économique… autant de sujets aujourd’hui débattus. Tout en déclarant vouloir mettre « l’humain d’abord », la France Insoumise fait cependant l’impasse sur les droits culturels, enjeu pourtant fondamental des politiques culturelles à venir. Reste que la manière démocratique avec laquelle la France Insoumise a conçu son programme, ainsi que la vision structurée développée par Jean-Luc Mélenchon témoignent d’un engagement profond en faveur de la culture.

Retrouvez tous les épisodes de notre série :



« La culture selon… » est une série vidéo de Profession Spectacle, lancée en mars 2017. En 3 à 5mn, nous vous proposons de découvrir la vision culturelle de personnalités politiques, leurs déclarations, leur bilan…

Concept, design et réalisation : Maïlys Gelin et Maël Lucas.
Conseils : Pierre Monastier



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2 Comments

  1. ROGER TROPEANO

    Bonjour
    Merci pour cette analyse précise.
    Une erreur sur le 1% du PIB, ce sera un passage de 17 à 20 Milliards environ.
    Et su les droits culturels, nous partageons votre remarque.
    Danièle Atala et Roger Tropeano

  2. Pingback: Présidentielles 2017: revue des études de 20 ONG et experts, les avis sont unanimes – Blog du Docteur Jean Scheffer

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