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La manipulation du budget par le ministère de la culture repose sur notre lâcheté

La manipulation du budget par le ministère de la culture repose sur notre lâcheté
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Dans un communiqué publié hier, la Cgt-Spectacle dénonce le coup de baguette magique donné par la ministre de la culture, Audrey Azoulay, sur son budget « historique ». Supercherie, évidemment, le périmètre du budget ayant considérablement changé depuis l’an dernier. Après Télérama et Profession Spectacle, c’est au tour de la Cgt de dénoncer la manipulation. Et puis quoi ? Rien, comme d’habitude. Car nous sommes habitués au scandale et à notre impuissance.

Chronique : « Humeurs actuelles »

Audrey Azoulay, plus forte que Jack Lang ? La question prête évidemment à sourire… Elle est pourtant posée par ce qualificatif « historique » affirmée par la ministre de la culture à l’annonce de son nouveau budget qui affiche fièrement son 1,1 % du budget total de l’État. Comment expliquer, après des baisses conséquentes du budget culturel durant la première partie du quinquennat (jusqu’à -4,3 % en 2013), que la ministre ose annoncer une hausse générale de 4,1 % entre 2012 et 2017 ?

Une manipulation du budget difficile à avaler

Jacques Guilloux l’a expliqué clairement dans Profession Spectacle le 4 octobre dernier : le périmètre du budget a changé, jusqu’à englober les crédits d’impôts et les différentes taxes qui, jusqu’alors, n’entraient pas en ligne de compte. La Cgt-Spectacle reprend, dans son communiqué, les éléments que nous avons nous-même soulignés, en dénonçant au passage « un joli tour de passe-passe ».

En ligne de mire de la Cgt, l’argent alloué aux collectivités locales et territoriales pour assumer les compétences qui leur ont été déléguées : « Enfin, il ne faut pas oublier, pour avoir une lecture complète des dépenses publiques allouées à la culture, que les collectivités locales et territoriales financent majoritairement nos secteurs d’activité. Le projet de loi de finance prévoit une économie de 2,8 milliards d’euros supplémentaires sur les dotations accordées par l’État, afin qu’elles puissent faire face aux compétences qu’il leur a déléguées. Un certain nombre de Régions et de Départements pratiquent déjà des coupes claires dans les budgets culturels. Le pire est à venir si nous ne réagissons pas. »

Ces petites supercheries qui nous minent le sens politique

Si le syndicat reconnaît évidemment des efforts quant au budget de la culture, il ne peut s’empêcher d’y voir une manœuvre électoraliste : « Défendre la culture dans un projet politique d’émancipation, ce n’est pas l’instrumentaliser à des fins électoralistes, en maquillant les lignes budgétaires en vue de regagner l’estime des professionnels et du public ».

Il faut dire que les petites supercheries faites par le ministère sont une preuve accablante d’hypocrisie, relevant d’une piètre tentative de manipulation. On s’étonne d’ailleurs d’entendre les syndicats et les journaux protester si faiblement contre cette pratique qui semble être devenue monnaie courante : les politiciens manipulent comme ils l’entendent les chiffres et les données. Qu’importe la tentative de rectification apportée par des journaux comme Télérama ou Profession Spectacle ? On ne les écoutera que d’une oreille, on opinera du chef et on passera à la page suivante. Le mal est fait.

Une force de l’habitude qui nous rend esclaves !

La ministre de la culture a – consciemment ou non – déformé le calcul du budget en cette année électorale. Et si ce n’est pas elle, c’est donc son frère-conseiller : celui qui est à l’initiative de ce mode de calcul l’a fait volontairement ; il ne peut en être autrement. Nous soulignons gentiment les subterfuges et passons aussitôt à autre chose, parce que le scandale ne nous atteint plus. Parce que nous sommes des êtres habitués. Habitués aux manigances politiciennes, aux entourloupettes électoralistes, aux déformations de politiciens calculateurs, incapables d’assumer leurs actes et d’affronter leur bilan. Habitués autant à notre confort bourgeois qu’à notre lâcheté revêtue d’impuissance.

Les Français sont de perpétuels Poulidor : nous préférerons toujours le panache vaincu à l’orgueilleuse victoire ! Alors nous crions, nous gesticulons, nous manifestons, et nous regagnons paisiblement notre « chez-soi », persuadés d’avoir fait ce qu’il fallait, de s’être bien battus. Bravo ! Félicitations ! Ce fut une belle bataille ! Nous étions à deux doigts de…

Et nous sommes toujours « à deux doigts de… » Et nous serons toujours « à deux doigts de… » Pendant ce temps de manifestations-congratulations, le ministère Anquetil prépare un petit budget rien que pour nous, tout prêt à être gobé.

Ouvrez bien la bouche, hop !, voilà qui est fait.

Merci beaucoup et… votez pour nous !

Et nous voterons pour le même, quel que soit son nom.

Maussano CABRODOR

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