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Les scénographes revendiquent le statut d’auteur, et non de technicien

Les scénographes revendiquent le statut d’auteur, et non de technicien
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Syndicat professionnel indépendant qui rassemble les scénographes de décors, costumes, équipements et expositions, l’Union des scénographes (UDS) milite depuis plusieurs années auprès des pouvoirs publics pour qu’ils soient reconnus comme auteurs, et non d’abord comme techniciens. Dans la perspective de la Quadriennale de Prague, qui se tiendra en juin 2019, l’UDS organise les Rencontres européennes de la scénographie, les 27 et 28 octobre prochains, aux Ateliers Berthier.

Il n’existe qu’un seul syndicat des scénographes en France : l’Union des scénographes. Ses objectifs sont de défendre les droits et d’établir des cadres structurels qui régissent la profession. En collaboration avec le Syndicat national des auteurs et des compositeurs (SNAC), l’UDS travaille essentiellement à la reconnaissance de la qualité d’auteur du scénographe et la protection de ses droits.

Quand le scénographe est créateur

« Le scénographe n’est plus ce décorateur du théâtre assujetti à des volontés émanant du metteur en scène et prêtant ses compétences artistiques à celui-ci, explique Gilone Brun, scénographe et vice-présidente de l’UDS. Il est aujourd’hui le premier collaborateur du metteur en scène, partageant ses choix artistiques et l’accompagnant depuis le début. Si le métier a beaucoup évolué, le statut est resté incompréhensiblement le même. »

Or, ajoute la scénographe Camille Dugas, le scénographe n’est pas qu’un simple exécutant ; son métier comporte deux facettes essentielles : « La première concerne la création, la conception artistique, pour laquelle le scénographe doit pouvoir toucher des droits d’auteurs ». C’est pourquoi l’UDS a entamé des démarches auprès de la sécurité sociale des artistes auteurs (Maison des Artistes/Agessa) afin qu’elle permette enfin aux scénographes de déclarer leurs droits d’auteur ; les théâtres pourront alors payer aux scénographes les droits d’auteur qui leur reviennent, selon le code de la propriété intellectuelle.

La seconde facette est davantage salariale. « Une fois les décors conçus, le scénographe assure le suivi du chantier, des répétitions… » Si ce travail spécifique du suivi ouvre naturellement droit à l’intermittence du spectacle, il est soumis à l’annexe 8 du règlement général de l’assurance chômage, qui concerne le régime des techniciens. L’UDS l’affirme clairement, par la voix de Camille Dugas : « Étant donné que nous sommes reconnus comme auteurs artistes d’après la décision du TGI de Nancy, nous devrions pouvoir passer de l’annexe 8 à l’annexe 10, propre aux artistes, comme le préconise le rapport Archambault remis le 7 janvier 2015 au Premier ministre. »

Quand le scénographe est directeur

Le combat ne date certes pas d’hier. Toutefois, une configuration inédite permet aux scénographes d’espérer une véritable évolution dans la reconnaissance de leur profession, à commencer par le fait que quatre grandes institutions théâtrales sont aujourd’hui dirigées par des scénographes : Stéphane Braunschweig à l’Odéon, Éric Ruf à la Comédie-Française, Philippe Quesne au Théâtre des Amandiers de Nanterre et Daniel Jeanneteau au T2G CDN de Gennevilliers. « La scénographie a aujourd’hui un fort impact sur le paysage du spectacle vivant », confirme Gilone Brun.

Plusieurs événements récents en témoignent, telle la rencontre initiée par Raymond Sarti, alors président de l’UDS, et qui s’est déroulée à la Grande halle de la Villette en 2011, en lien avec l’école des arts-décoratifs de Paris : « Qu’est-ce que la scénographie ? ». Les diverses communications avaient alors donné lieu à une publications au sein de la revue Études Théâtrales. Plus récemment, lors du festival d’Avignon 2016, la Maison Jean-Vilar a organisé une exposition de maquettes intitulée : Métamorphoses de la scène. 70 ans d’histoire de scénographie à la Comédie-Française.

Quand le scénographe est Européen

Cet intérêt croissant pour la scénographie conduit l’UDS à organiser les premières Rencontres européennes de la scénographie, aux ateliers Berthier, les 27 et 28 octobre prochains : exposition, ateliers, débats, rencontres… Autant de manifestations ouvertes librement aux amoureux du théâtre, « et plus particulièrement aux personnes passionnées par la question de l’espace », précise Gilone Brun.

Ces Rencontres européennes ont pour vocation à être renouvelées l’an prochain, en vue de la Quadriennale Internationale de Scénographie de Prague, en juin 2019. « Il y a une perspective, c’est certain, confirme Luc Boucris, vice-président de l’UDS et professeur émérite de l’Université de Grenoble. Avec Marcel Freydefont, membre fondateur de l’Union des scénographes, nous avons beaucoup rêvé à ces rencontres européennes, à ce qui pourra peut-être devenir un jour un Institut européen de la scénographie. Il y a une ambition derrière, celle de construire comme un mouvement, c’est-à-dire un regard sur la façon dont, en Europe, on investit la relation de l’imaginaire, du virtuel et du réel. C’est une spécificité européenne qui mérite d’être examinée de plus près. »

La présence de la France à la Quadriennale de Prague est vécue comme un événement : « Nous avons été absents pendant quinze ans et revenons enfin sur le terrain de cette manifestation unique au monde ». Nul doute que cela permettra le changement des mentalités tant espéré. Gilone Brun en voit déjà les signes : « La Maison des Artistes/ Agessa, sous la tutelle de la Direction générale de la création artistique (DGCA), est en train de régulariser le statut des scénographes, afin qu’ils puissent désormais déclarer leurs droits d’auteurs en tout légalité. Tout cela est en marche. »

Pierre MONASTIER



 

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