Michael Haneke : « Nous sommes inondés d’informations, mais en vérité, on ne sait rien »

Michael Haneke a livré, avec sa réticence habituelle à fournir des explications sur le sens à donner à ses films, quelques clés de décryptage de son nouvel opus, Happy End, dévoilé au dernier festival de Cannes. Interprété notamment par Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant et Mathieu Kassovitz, Happy End sort ce mercredi 4 octobre dans les salles françaises. Rencontre et entretien avec un des cinéastes les plus primés au monde, de Los Angeles à Cannes.

Pourquoi avoir centré votre film sur cette étrange famille bourgeoise de Calais ?

En tant qu’auteur, on est toujours à la recherche de nouveaux sujets. Là, on peut parler de l’aveuglement à l’égard de la vie. Mais je ne cherche jamais de thème spécifique, cela m’ennuie et c’est en procédant de cette manière qu’on produit des clichés. Il faut que je sois touché par quelque chose pour que cela enclenche le reste. Ce film sort d’une certaine amertume par rapport à notre façon de vivre, de nous occuper de notre propre nombril dans le monde qui nous entoure. Et ce n’est pas un problème français, j’aurais pu faire le même film en Allemagne, en Autriche ou ailleurs. Le sujet, c’est notre façon de vivre, notre autisme.

Comment avez-vous travaillé sur l’écriture du scénario ?

Après Amour, j’ai écrit un autre film qui n’a pas réussir à se faire. Donc j’ai dû me remettre à réfléchir et à écrire assez vite car j’avais perdu deux ans. Ensuite, l’écriture, c’est un mélange. On collecte des couleurs pour les personnages et en même temps l’intrigue se construit. ceci étant, dans Happy End, il n’y a pas de vraie intrigue, pas plus que de grande surprise qui crée de la tension. Ma méthode, c’est en raconter le moins possible pour provoquer le maximum de réactions chez le spectateur.

Happy End évoque les réseaux sociaux, les nouvelles technologies de communication.

Cela me concerne aussi. Nous sommes inondés d’informations avec toujours l’illusion d’être informés. Mais en vérité, on ne sait rien. A une époque, un paysan connaissait son village, cela lui suffisait et il était à l’aise. Aujourd’hui, le même paysan a la télévision et Internet, il est surinformé, mais il ne sait rien. Car la seule chose que l’on connaisse vraiment, c’est ce que l’on a vécu. Toutes ces informations, c’est juste la surface. En 20 ans, le monde a changé comme jamais dans l’Histoire de l’humanité avec l’évolution des moyens de communication. Je me suis intéressé à ce thème dès mes premiers films car on ne peut pas comprendre l’évolution d’une société sans parler de l’évolution de ses moyens de communication.

Le film est émaillé de références à vos autres films, en particulier à Amour. Pour quelle raison ? Par jeu ?

Non. Pour la scène à laquelle vous pensez, celle où le personnage joué par Jean-Louis Trintignant raconte la mort de sa femme, c’est parce que Amour avait été déclenché par un événement de ma vie privée qui m’avait beaucoup marqué. J’ai souhaité à nouveau y faire référence dans Happy End pour les mêmes raisons. Mais comme l’humour du film est un peu tordu, c’est vrai qu’on peut envisager ça d’une autre manière, mais ce n’était pas le but.

Que vouliez-vous faire passer comme message sur la question des migrants ?

Je ne répondrai pas à cette question. J’ai montré des moments et c’est à vous de trouver votre propre interprétation. Je laisse des indices, mais c’est ensuite aux spectateurs de faire le travail.

Propos recueillis par Fabien LEMERCIER

Source partenaire : Cineuropa.



Photo de Une – Michael Haneke
(© M. Petit / Festival de Cannes)



 

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