11 mai 1809… 212 ans jour pour jour – Antonio Salieri termine la composition de sa troisième et dernière messe, deux jours avant que Napoléon et son armée française n’envahisse Vienne, dont l’artiste dirige l’opéra. Une messe à la dédicace on ne peut plus intrigante…

Antonio Salieri traîne une réputation qu’il ne mérite pas. De Pouchkine à Milos Forman, il est dépeint en musicien médiocre et courtisan, jaloux maladif de Mozart, son contemporain, qu’il aurait donc expédié sans autre forme de procès dans un monde meilleur… Rien ne saurait être plus inexact et cette thèse romanesque n’a aucun fondement.

Salieri et Mozart étaient plutôt bons amis et par ailleurs, des deux, c’est sans doute le premier qui occupait la place la plus enviable : directeur de l’Opéra italien de Vienne à vingt-quatre ans, il devient maître de la Chapelle impériale en 1788, trois ans avant la mort de Mozart. Et il le restera jusqu’en 1824, peu avant sa propre mort en 1825. C’est un compositeur très apprécié, souvent intéressant sans bien sûr avoir le génie de son collègue. Et il sera par ailleurs un excellent administrateur de la bibliothèque et des archives de la Chapelle impériale.

Entre avril et mai 1809, il compose une messe, sa troisième et dernière. On ignore pourquoi il l’a faite (habituellement, notamment pour un maître de chapelle, cela correspond à une commande officielle), mais on sait qu’il la termine le 11 mai 1809. Elle est en cinq parties, sur le modèle liturgique et je vous en propose le curieux (et bref) Sanctus.

Mais pourquoi une messe en « !!!!!! » ? Parce que sur la partition autographe, Salieri a inscrit ces six points d’exclamation, sans autre remarque. On peut en déduire, comme certains musicologues, que c’est une référence à l’actualité immédiate : au moment où il termine cette messe, l’armée française et Napoléon sont aux portes de Vienne où ils entrent le 13 mai. Une telle messe pouvait-elle tomber plus mal pour le compositeur officiel de la Cour ?

On ne connaît pas la date de sa création, mais il existe des preuves qu’elle a été jouée dès 1812 (avec sans aucun doute un certain Franz Schubert comme second violon dans l’orchestre de la Chapelle impériale. Salieri était d’ailleurs son professeur), et à plusieurs reprises ensuite du vivant du compositeur.

Cédric MANUEL



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Rubrique : éphéméride