12 juin 1914… 107 ans jour pour jour – C’est à la Villa Médicis que Lili Boulager compose ou plutôt termine Thème et variations pour piano, commencé quelques années plus tôt. Une œuvre qui contient à la fois une connotation très sombre, presque lugubre, et une force rentrée, une puissance lumineuse.

Je l’ai déjà dit, on ne rend pas assez justice à Lili Boulanger lorsqu’on évoque les grands compositeurs du tournant du XXe siècle. La figure tragique de cette jeune musicienne aurait pu, aurait dû susciter pour son œuvre, hélas limitée, l’engouement que mérite par ailleurs sa qualité intrinsèque.

Rappelons déjà que Lili Boulanger, née dans une famille de musiciens (son père Ernest avait été prix de Rome et sa mère Raissa était une princesse russe et cantatrice) avait, penchée sur son berceau, la douce figure de Gabriel Fauré, ami de la famille et premier soutien de la jeune musicienne, tout comme de sa sœur, l’immense et sévère pédagogue Nadia Boulanger. Cette dernière défendra d’ailleurs inlassablement sa longue vie durant l’œuvre de Lili.

Forte de cet environnement propice, celle-ci montre très tôt d’énormes qualités musicales. Mais très tôt, le mal qui la ronge (elle est atteinte de la maladie de Crohn, qui déclenchera une tuberculose intestinale et transformera en calvaire ses dernières années, fauchée par la mort ou plutôt arrachée à la vie, à vingt-quatre ans) entrave sa créativité. Elle doit renoncer à participer une première fois au Prix de Rome en 1912, mais devient quand même la première femme à le remporter l’année suivante. Son aura devient immédiatement très grande, elle est reçue par le président Poincaré et venge d’un coup le sort des femmes compositrices qui l’ont précédée et qui devaient encore composer presque en silence.

Elle part pour Rome au printemps 1914 et n’y restera que quatre mois en raison de la guerre. C’est néanmoins à la Villa Médicis qu’elle compose ou plutôt termine ce Thème et variations pour piano, commencé quelques années plus tôt. Ce thème et les huit variations qui en émanent, ont une connotation très sombre, presque lugubre, mais aussi une force rentrée, une puissance, que l’on retrouve dans la plupart des compositions de la jeune femme. Cette récurrence est indubitablement liée à son sort personnel, à cette angoisse qui la tenaillait, elle qui se savait condamnée, mais aussi à la formidable lumière intérieure qui l’irradiait. Désespérer mais croire, c’est là tout le sens, paradoxal et émouvant, de l’œuvre de Lili Boulanger.

Cédric MANUEL



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Rubrique : éphéméride