Instant classique – 13 janvier 1882…  139 ans jour pour jour. Joseph Joachim Raff compose l’une de ses plus intéressantes ouvertures, pour Macbeth de Shakespeare. Un chef-d’œuvre trop méconnu de douze minutes seulement !

Je vous ai parlé voici quelques jours de Joseph Joachim Raff, compositeur suisse par sa mère et allemand par son père, professeur célèbre et qui fut le secrétaire de Franz Liszt avec qui il travailla d’ailleurs aux orchestrations de certaines de ses pièces. À la fin de sa vie, Raff a composé quatre ouvertures consacrées à Shakespeare, dont il n’entendra de fait jamais la création. Et donc, voici cent trente-neuf ans, c’est son ouverture pour Macbeth qui est présentée par l’orchestre symphonique de Wiesbaden sous la direction de Louis Lüstner.

Cette ouverture est l’une des plus intéressantes à plusieurs titres. D’abord, la qualité de son orchestration, brillante, très soignée et qui nous plonge littéralement dans le drame. Ensuite, c’est précisément le choix de la narration, sans structuration spécifique, qui retient l’attention. Raff raconte la pièce en musique.

Au début, on entend donc le vol des sorcières, avec flûtes et piccolo, suivi d’un bref thème agité aux cordes (Macbeth) et de celui de Banquo, plus calme et aussi plus noble, aux bois soutenus d’abord par les cors et qui s’entrecroisent dans un dialogue dont on imagine qu’il évoque les prédictions des sorcières. Lesquelles s’en vont. Puis on entend le thème de lady Macbeth, également à la flûte et, très martial, le triomphe de Macbeth. Les thèmes de Banquo la bonne conscience de Macbeth et celle de lady Macbeth son âme damnée se succèdent durant le triomphe pour illustrer l’indécision de Macbeth, puis la décision de tuer le roi Duncan. Et ensuite celle d’éliminer Banquo, dont le thème s’éteint doucement. Macbeth retourne voir les sorcières (vous reconnaîtrez le thème suraigu initial). On entend alors le thème encore lointain, joué aux bois et de facture militaire, de Malcom et de son armée, dont l’arrivée est annoncée par les sorcières. Suit une mélodie très douce, mystérieuse, où l’on entend le thème de lady Macbeth : c’est la scène de la folie durant laquelle tout se mélange : Banquo, Macbeth, Duncan, les meurtres… Brutalement, une fanfare émerge, de plus en plus fière et orgueilleuse : l’armée de Malcom s’approche et se combine avec le thème de Macbeth : c’est la bataille finale et la mort de Macbeth et le finale triomphal qui place Malcom sur le trône.

Je le dis comme je le pense, cette pièce est un chef-d’œuvre trop méconnu, douze minutes qu’on ne voit pas passer et je suis donc heureux de vous la faire connaître. Tendez bien l’oreille : vous entendrez ici juste avant l’accord conclusif un très bref petit pied de nez inattendu, à la flûte et à la trompette aiguë… l’ultime petit coucou des sorcières !

Cédric MANUEL

 



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