Instant classique – 14 février 1880… 140 ans jour pour jour. On le sait bien, Gabriel Fauré est un compositeur délicat. Les grands fracas, ce n’est pas pour lui. On dirait qu’il compose toujours la larme à l’oeil, un petit mouchoir à portée de main. Alors qu’il se trouve en Normandie, en 1876, il se lance dans la composition d’un quatuor avec piano.

Mais après un voyage en Allemagne, où il découvre Wagner (qui l’impressionne, mais dont il ne cherche pas à s’inspirer), il décide de le reprendre tout à fait et le termine en 1879, avec une dédicace pour le violoniste belge Hubert Léonard. L’œuvre est créée salle Pleyel il y a cent quarante ans et Fauré, qui tient alors la partie de piano, en modifiera encore le finale en 1883.

Pendant toute la durée de composition de ce quatuor, il faut bien avouer que Fauré traverse une mauvaise passe. Quelques mois après l’avoir commencé, il se fiance avec la fille de Pauline Viardot, mais celle-ci rompt les fiançailles à l’automne 1877, le laissant tout à fait désespéré. Sur le plan musical, il s’estime sous-évalué et déconsidéré. Bref, il n’est pas à la fête.

Il a pourtant la main ferme dans ce chef-d’œuvre de délicatesse et de contrastes, aérien et scintillant mais toujours comme entouré d’une brume légère. Toute l’idée qu’on pourrait se faire d’un douillet après-midi de fraîcheur à la fin du XIXe siècle. Mais le cœur n’est jamais très loin de déborder, comme en témoigne ce splendide adagio, troisième mouvement de ce quatuor somptueux, qui plus est dans une interprétation remarquable avec le trio Ysaye et Pascal Rogé au piano.

Vous flanquer un quatuor écrit en pleine rupture de fiançailles mais créé un 14 février, il fallait le faire, n’est-ce pas ?

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »