Instant classique – 14 septembre 1968… 51 ans jour pour jour. Voici tout juste cinquante-et-un ans, le quatuor Beethoven, au premier violon duquel la partition est dédiée, crée dans la salle Glinka de Saint-Petersbourg, le douzième quatuor à cordes de Dimitri Chostakovitch.

Comme souvent, le moral du compositeur oscille entre le haut de la chaussette et le talon. Plusieurs infarctus l’ont laissé très fragilisé et il sent sa vie se déliter ; il mourra sept ans plus tard.

Dans ce quatuor, il utilise des séries de douze notes, notamment dans l’introduction au violoncelle… Série de douze notes, donc dodécaphonisme, donc musique sérielle, donc beurk. Oui, je sais, je provoque (mais Boulez est mort et il ne m’aurait jamais lu autrement qu’en ricanant férocement au sujet du ver de terre ignare que je suis). Parce qu’en fait, elle est tonale cette musique.

Pour autant, ça ne veut pas dire que parce qu’elle est tonale, elle n’en serait que plus facile à aborder. De même que si elle était sérielle, elle serait forcément imbuvable ou alors avec un peu de prozac et un bon scotch. Non. Le douzième quatuor est d’une grande complexité et traversé d’angoisses à vous tordre l’estomac, de trouvailles qui ne dépareraient pas dans Shining (écoutez le curieux pizzicato vers la minute 17). Il vous déprimerait un congrès de clowns, l’ami Dimitri.

Heureusement, ça finit bien, les cauchemars s’apaisent, la sérénité revient… enfin, tout est relatif… Au demeurant, on admirera ici la grande virtuosité des solistes du quatuor Emerson, dont les instruments demandent quand même grâce…

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »