Instant classique – 17 décembre 1953… 182 ans jour pour jour. Ce 17 décembre 1953, dans la grande salle de la Philharmonie de Léningrad, a lieu un petit événement. On y crée la 10e symphonie de Chostakovitch, huit ans après la précédente, qui n’avait pas été très bien reçue, en particulier par Staline.

Cette fois, Staline est mort depuis neuf mois et, bien qu’on ne sache pas très bien quand la dixième a été composée véritablement, il reste que Dimitri Chostakovitch lui-même a indiqué dans ses mémoires qu’il y était question de Staline. Ce qu’il s’était prudemment bien gardé de dire au moment de la création. Il avait tant souffert des vexations et des menaces, tant vécu dans la terreur permanente de finir comme nombre de ses collègues, qu’il n’était pas tout à fait rassuré.

Pourtant, la création remporte un très vif succès public. On s’accorde à distinguer Staline dans le second mouvement, d’une violence implacable et qui ne laisse pas reprendre son souffle.

Je propose ici le dernier mouvement, qui commence de façon très sombre, avec beaucoup d’incertitude. Et puis arrive la fête, irrésistible d’élan et on notera, clamés aux cuivres à plusieurs reprises le motif DSCH (Dimitri Schostakovitch), signature du compositeur en ré, mi bémol, do et si selon la notation à l’allemande. Curieusement, ce motif rappelle un peu celui du Dies irae. On l’entend dans les autres mouvements de la symphonie, comme si Chostakovitch se mettaient en scène en nous disant : « J’ai survécu, et tout ça est fini. » Et bien fini ! Car après la longue marche plaintive, le finale éclate dans une ronde enfin plus optimiste.

Pour cette symphonie comme pour les autres, difficile de passer à côté des interprétations sèches comme des coups de knout d’Evgeny Mravinsky, ami très proche et chef préféré de Chostakovitch, par ailleurs maître absolu (et très très sévère) de l’orchestre philharmonique de Leningrad comme il s’appelait alors, pendant des décennies et jusqu’à sa mort en 1988. C’est lui qui crée la symphonie il y a tout juste soixante-quatre ans, et c’est lui qui a laissé des symphonies de son ami de nombreux enregistrements et autres captations publiques (comme ici) insurpassés.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »