Instant classique – 19 avril 1890… 130 ans jour pour jour. Ce n’est qu’au soir de sa vie, en 1889, que César Franck se met à composer son unique quatuor. Cette dernière œuvre de musique de chambre de Franck est annonciatrice des grands quatuors du XXe siècle.

Pour se préparer, César Franck a quand même étudié les grands anciens, morts ou vifs : Brahms, Schubert et surtout Beethoven, qui le hante. Il commence à composer par le troisième mouvement, « Larghetto », puis le premier et le second. Le dernier à être abordé est logiquement le quatrième mouvement, qui reprend des extraits des trois premiers.

À la mi-janvier 1890, tout est terminé. L’œuvre est créée voici cent trente ans à la Société nationale de musique à Paris et remporte un très vif succès, ce qui provoque la petite phrase de Franck en titre de cette chronique.

Son ami Arthur Coquard écrit : « Dès le début, le public était conquis. Bientôt ce fut l’enthousiasme et un vrai délire, au point qu’à la fin, les 400 ou 500 personnes qui remplissaient la petite salle, non contents d’applaudir, acclamaient l’auteur, qui dut se montrer sur l’estrade. Le moins étonné ne fut certes pas Franck lui-même, qui n’en revenait pas d’un succès pareil à propos d’un quatuor. »

De quoi réchauffer le cœur du vieux compositeur souvent incompris. Ce n’est cependant pas du chiqué, provoqué par une improbable claque. À Tournai, au mois de mai suivant, l’œuvre est jouée par le quatuor Ysaye lui-même. Triomphe similaire. Mais Franck n’en profitera guère : il meurt en novembre.

J’ai choisi le dernier mouvement de ce chef-d’œuvre assez complexe, parce qu’il reprend au début des fragments des trois autres mouvements, qui reviennent encore ensuite, au milieu d’explosions de bonne humeur. Je n’ai pas trouvé de meilleur enregistrement pour cet extrait que cet ancienne captation de plus de cinquante-cinq ans, cependant très audible.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »