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19 avril 1936 : le concerto-requiem dodécaphonique d’Alban Berg

19 avril 1936 : le concerto-requiem dodécaphonique d’Alban Berg
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Instant classique – 19 avril 1936… 83 ans jour pour jour. Au début des années 30, Alban Berg est en quelque sorte défié par Louis Krasner, violoniste virtuose, qui souhaite que le compositeur écrive un concerto pour violon sur une base dodécaphonique, système dont Berg est alors le chef de file. Mais Berg hésite : il ne se voit pas écrire une pièce virtuose juste pour la virtuosité.

Krasner ne lâche pas le morceau et le met au défi de mettre le dodécaphonisme, cette construction si mathématique, si froide, au service des sentiments. Et puis Berg a besoin d’argent. Le compositeur se met au travail sans rien dire à personne, va écouter des concerts violonistiques, se renseigne, mais a du mal à trouver sa voie.

C’est le destin qui va faire basculer l’écriture du concerto. Le 22 avril 1935, Manon Gropius, la fille de l’architecte Walter Gropius et d’Alma Mahler, qui l’avait épousé en secondes noces (après la mort du compositeur Gustav Mahler en 1911), et qui avait déjà perdu une petite fille avec Mahler, meurt des suites d’une polio. Alban Berg aimait beaucoup cette jeune femme de dix-huit ans et son caractère ambivalent, un peu comme celui de sa mère. Bouleversé, il a alors le déclic : son concerto sera en fait un requiem à la mémoire de Manon.

Au mois de juillet suivant, il annonce à Krasner avoir terminé la partition, dont il semble tirer une grande satisfaction.
Malheureusement, Berg, de santé fragile, meurt dans la nuit de Noël 1935, sans avoir pu assister à la création de son concerto. Ce dernier sera créé quelques mois plus tard, il y a aujourd’hui tout juste quatre-vingt-trois ans, à Barcelone, par son dédicataire, sous la direction d’Hermann Scherchen, qu’on a trouvé in extremis pour remplacer Anton Webern, qui devait diriger avant d’y renoncer, encore profondément affecté par la mort de son ami Berg.

Ce concerto reste l’œuvre la plus jouée de Berg. Elle est très touchante, mais ne ressemble à aucune partition pour violon, exactement comme il le souhaitait. En deux mouvements, elle commence et se termine lentement, avec en fin de second mouvement une référence à un choral de Bach, « Ô éternité ! Toi, parole du tonnerre », qu’on retrouve dans une des cantates du Cantor de Leipzig, pour finir sur une très longue note tenue en suraigu.

Ce Requiem pour violon est devenu celui de Berg, mais pour l’éternité, il est d’abord celui de l’ange Manon. En voici l’une des versions de référence avec Itzhak Perlman au violon et Seiji Ozawa à la tête du Boston symphony.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »



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