Instant classique – 1er octobre 1975… 44 ans jour pour jour. Je vous parlais tantôt de la dernière œuvre concertante de Chostakovitch, dont la santé déclinait irrémédiablement depuis 1968. 7 ans plus tard, après plusieurs crises cardiaques, il affronte un cancer.

Alors que ses forces sont presque annihilées, Dimitri Chostakovitch écrit une dernière œuvre, une sonate pour alto et piano, qu’il dédie au nouvel altiste du fameux quatuor Beethoven, Fiodor Droujinine, lequel avait succédé à la légende Borissovsky, disparu quelques années plus tôt. On connaît précisément les dates de composition de cette sonate, commencée le 10 juin 1975 et achevée le 5 juillet suivant. Trois mouvements très étranges, dominés par une profonde mélancolie.

Comme dans plusieurs de ses dernières œuvres (voir par exemple sa quinzième et dernière symphonie créée trois ans auparavant), Chostakovitch emprunte à plusieurs de ses compositeurs fétiches des citations d’œuvres. Il faut tendre l’oreille pour les reconnaître. Dans le dernier mouvement de sa dernière sonate, que j’ai choisi ici et qui est d’une noirceur qui vous étreint, on reconnaît très bien, d’emblée – notamment au piano – des références à la sonate Au clair de lune de Beethoven. Et puis un peu de Berg, de Tchaïkovsky, de Wagner et d’œuvres de l’auteur lui-même. Jusqu’à l’accord final, comme un fil qu’on tire et qui disparaît dans le silence.

Un mois après avoir écrit sa dernière note, le 9 août, Chostakovitch tire définitivement sa révérence.

Voici ici le premier enregistrement qui a suivi la création publique de cette sonate il y a tout juste quarante-quatre ans. Le dédicataire de l’œuvre, Fiodor Droujinine, y est accompagné de Mikhail Mountian au piano. Quelques jours avant la création publique à Leningrad, elle avait été jouée une première fois en petit comité. C’était le 25 septembre. Chostakovitch aurait fêté ce jour-là ses soixante-neuf ans.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
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