2 juin 1896… 125 ans jour pour jour – Le cinquième concerto, qualifié d’égyptien, est décrié lors de sa création à la salle Pleyel. Il est pourtant vivant, plein de verve et même de finesse ! La preuve en musique…

Camille Saint-Saëns a soixante ans lorsqu’il se lance dans son cinquième et dernier concerto pour piano, en 1895. L’idée lui vient lors d’un voyage en Égypte, à Louqsor et c’est là qu’il en composera une grande partie. D’où le surnom d' »égyptien » attribué à ce concerto.

Il n’en faut pas plus, depuis sa création salle Pleyel le 2 juin 1896 lors d’un concert célébrant les cinquante ans des débuts pianistiques du compositeur (qui fut l’un des plus grands virtuoses du XIXe siècle), pour déchainer contre Saint-Saëns une avalanche de sarcasmes. L’œuvre serait en effet aussi égyptienne, voire même exotique musicalement, que le compositeur lui-même (lequel ignore évidemment qu’il ira mourir… à Alger… vingt-cinq ans plus tard). Saint-Saëns n’y est pas pour rien, lui qu’on dit volontiers conservateur mais qui fait en réalité ce qu’il veut et qui ne dédaigne pas de temps à autre de provoquer un peu. C’est lui, ainsi, qui écrira à propos de l’andante central que c’est une « façon de voyage en Orient, qui va même jusqu’en Extrême-Orient. Le passage en sol est un chant d’amour nubien que j’ai entendu chanter par des bateliers sur le Nil… ».

Alfred Cortot, grand interprète de Saint-Saëns, lui règle son compte en une phrase : « Saint-Saëns nous impose la vision de l’Orient, mais d’un Orient enregistré par des yeux trop occidentaux, semble-t-il, pour en dégager autre chose que la notion superficielle des aspects immédiats. » Passons pour « l’enregistrement avec des yeux », c’en est fait, le concerto, pour lui comme pour beaucoup de musicologues, n’est qu’une partition en toc, inintéressante, « sans idées musicales dignes d’intérêt » écrit même François-René Tranchefort.

Eh bien votre serviteur n’est pas d’accord. Je le trouve quant à moi très appétissant ce concerto. Peut-être pas complexe, peut-être pas authentique (authentique de quoi, d’ailleurs ?), mais vivant, plein de verve et même de finesse. Tiens, du coup, je vous l’offre en entier, ici en public, avec un Jean-Yves Thibaudet à son affaire dans l’écrin royal du Concertgebouw d’Amsterdam et avec un Andris Nelsons hors de son répertoire habituel. Eh oui, c’est l’année Saint-Saëns !

Cédric MANUEL



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Rubrique : éphéméride