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20 juin 1790 : « Noble et grâcieuse dame… »

20 juin 1790 : « Noble et grâcieuse dame… »
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Instant classique – 20 juin 1790… 229 ans jour pour jour. C’est à son amie Marianne Genzinger que Joseph Haydn transmet d’abord son nouveau trio pour pianoforte, flûte et violoncelle, le trentième dans son abondante production, voici tout juste deux cent vingt-neuf ans (on le sait, c’est écrit sur la lettre).

Qui est donc cette fameuse Marianne ? Fille d’un conseiller du prince hongrois Batthyiany et d’une aristocrate autrichienne, elle était l’épouse de Peter Genzinger, physicien de renom qui sera anobli quelques années plus tard. Ce Genzinger travaillait pour les prince Esterhazy et voici comment il était devenu l’ami d’un autre employé de ces derniers, notre Joseph Haydn.

Mère de six enfants, Marianne était une amatrice de musique, pratiquant le piano de façon très assidue et avec beaucoup de talent. Elle rencontre donc Haydn en 1789. Le compositeur a alors cinquante-sept ans et la jeune femme, trente-cinq. Une importante correspondance se développe entre eux (elle nous apprend bien des choses sur Haydn et sa vie quotidienne) et semble avoir pour origine un arrangement pour piano d’un mouvement de symphonie de Haydn, qu’elle lui envoie pour qu’il lui dise ce qu’il en pense.

Le compositeur lui répond en ces termes :

« Noble et grâcieuse dame, 
Dans toute ma correspondance, rien ne m’a jamais plu davantage que la surprise de voir une si belle écriture, et de lire tant d’aimables tournures. Mais plus encore, j’ai admiré l’excellent arrangement de l’adagio, qui est assez bon pour être imprimé et publié par n’importe quel éditeur. Je voudrais simplement savoir si Votre Grâce a effectué cet arrangement depuis la partition, ou si Elle a opté pour l’incroyable difficulté de la composer d’abord depuis les parties et ensuite seulement de la réduire pour pianoforte. Dans ce dernier cas, une telle attention serait trop flatteuse pour moi et je ne la mériterais pas. 
Chère et très aimable Madame Genzinger, j’attends seulement un mot de vous sur la façon dont je pourrais être de quelque utilité à Votre Grâce. Dans l’attente, je vous retourne l’adagio, et j’espère très vivement recevoir de Votre Grâce quelque demande à laquelle je pourrais répondre par mes modestes talents.
Je suis, avec une sincère estime et avec respect, le plus obéissant serviteur de Votre Grâce,
Joesphus Haydn 
Estoras, 14 juin 1789
NS: Je vous prie de présenter mes respectueux compliments à votre époux » [Ah, quand même !, NDLR]

 

Haydn est donc invité sur le champ chez les Genzinger. Il en gardera une impression très favorable, trouvant ainsi de nouveaux amis pour égayer une vie bien triste et solitaire. Il ne s’en cache d’ailleurs pas. Haydn partira bientôt à Londres, d’où il écrira souvent à Marianne.

Oh, mais je vous vois venir ! N’était-il donc pas un peu amoureux, Papa Haydn ? Ses biographes pensent que oui, mais qu’il est resté en retrait pour ne pas provoquer de scandale et ne pas risquer de mettre fin à leur correspondance. Et puis il est lui-même marié depuis trente ans…

Il lui dédiera la même année une sonate, considérée comme l’une des plus belles de sa production. Marianne mourra en 1793, à trente-huit ans, bien avant le vieux papa Haydn. L’histoire ne dit pas comment il réagit, mais on l’imagine aisément.

 

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »



 

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