Instant classique – 21 novembre 1937… 82 ans jour pour jour. C’est alors qu’il se trouve en Crimée, à Gaspra, dans une maison de repos pour artistes que Chostakovitch commence à composer sa cinquième symphonie.

Dimitri Chostakovitch vient de passer de sales moments avec la censure ; la terreur, incarnée par Jdanov, encercle les artistes comme un anneau de fer. Chostakovitch en est pétrifié, lui qui est passé tout près du goulag ou de l’exécution sommaire. Lorsqu’il rentre à Moscou, il ne lui reste que le finale à réaliser. Il se tourne vers les grands symphonistes comme Tchaïkovsky et donne une couleur plus classique, nous dirions plus accessible, à son œuvre.

Le pouvoir stalinien s’en empare pour en faire une symphonie de propagande, la faisant même sous-titrer « réponse d’un artiste à de justes critiques« . Mais la réalité est un peu différente. Habilement, Chostakovitch dissémine dans son œuvre des phases d’angoisse et de terreur au milieu de chants triomphaux qui ne trompent personne – sauf le pouvoir.

La création à Leningrad, sous la direction d’Evgeny Mravinsky il y a tout juste quatre-vingt-deux ans, est un moment étrange durant lequel une partie du public pleure ou ne peut se retenir de bouger. Comme s’ils avaient compris le vrai message.

Le finale, que je vous propose, a fait l’objet de longues discussions sur son message caché. C’est un morceau puissant, transcendé ici par un Bernstein qui était allé lui même, avec le même orchestre (New York), la jouer devant un Chostakovitch bouleversé en 1959. Il traduit toutes les ambiguïtés d’une partition qui n’a pas livré tous ses secrets, mais qui est l’une des plus grandes symphonies du XXe siècle.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »