22 juillet 1919… 102 ans jour pour jour – À la demande de Diaghilev, Manuel de Falla compose un ballet, dans une chorégraphie de Leonid Massine et des décors et costumes signés Pablo Picasso. Le succès est foudroyant.

Hommage à mes lointaines origines espagnoles aujourd’hui, avec un compositeur lui aussi andalou (mais de Cadix, comme la belle, alors que mon arrière-grand-père venait, lui, des environs d’Almería), Manuel de Falla, qui est sans doute le plus important compositeur ibère de l’histoire de la musique.

Falla a longtemps vécu à Paris avant la Première Guerre mondiale et y a rencontré tout ce que la ville lumière comptait comme sommités culturelles. Il est très impressionné par les Ballets russes et leurs spectacles donnés au théâtre des Champs-Élysées. Comme le compositeur commence à se faire un nom, notamment grâce à sa Nuit dans les jardins d’Espagne, Serge de Diaghilev lui propose de monter un ballet autour de cette dernière. Mais Falla refuse. Il recherche un argument différent, qu’il trouve dans la pièce de Alarcón : El corregidor y la molinera o el sombrero de los très picos (« le magistrat et la meunière, ou le tricorne »). Il confie l’adaptation à son ami Martinez Sierra, qui propose un « mimodrame » avec chant et petit orchestre créé à Madrid en 1917. Diaghilev, qui voit ce spectacle, lui demande alors à nouveau de lui fournir un ballet et Falla va donc réutiliser ce « Corregidor ». Il retourne en Andalousie et note les thèmes musicaux populaires qu’il y entend.

Ce n’est cependant ni à Madrid, ni à Séville, ni à Paris que le ballet sera créé, mais à Londres, à l’Alhambra Theatre voici tout juste cent deux ans, dans une chorégraphie de Leonid Massine et des décors et costumes signés Pablo Picasso, excusez du peu. Le succès est foudroyant.

Mais je ne vous ai pas raconté l’histoire de ce Tricorne : un vieux magistrat, coiffé d’un tricorne, tombe amoureux d’une belle meunière (pas celle de Schubert, celle d’Espagne, soyez un peu à ce qu’on vous dit !), bien qu’elle soit mariée au meunier, qui oublie bien vite sa jalousie. Il lui fait sa cour de façon assez grotesque avant que les voisins s’y mettent et attrapent le corregidor pour le faire sauter en l’air dans une grande ronde joyeuse et effrénée…

Si ce sont surtout les deux suites pour orchestre que de Falla a tiré du ballet qui sont restées fameuses au concert, je vous propose quand même ici le ballet intégral, tout à fait fascinant, garni de rythmes et de danses tout à fait idiomatiques. Vous y entendrez même le compositeur citer son lointain confrère Beethoven (le fameux début de la Cinquième symphonie) autour de la vingtième minute. J’ai également choisi une version dirigée magnifiquement par Ernest Ansermet voici une cinquantaine d’années, non seulement parce que les versions du ballet intégral sont rares, mais aussi parce qu’Ernest Ansermet était le chef qui dirigeait la création ce 22 juillet 1919 à Londres !

Cédric MANUEL



À chaque jour son instant classique !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »