Instant classique – 23 février 1855… 166 ans jour pour jour. Richard Wagner compose une ouverture qui n’est pas franchement son plus grand chef-d’œuvre, faute d’un travail abouti : Faust. Il s’agit surtout d’une sorte de patchwork de thèmes déjà utilisés par son auteur…

Oui, je sais, le titre n’est pas brillant. Car après tout, elle n’est pas si mal cette ouverture de Faust de Richard Wagner. Ce n’est pas franchement son plus grand chef-d’œuvre, ni même une pièce souvent jouée aujourd’hui. On lui préférera toujours, au concert, l’une des ouvertures de ses opéras. Mais elle ne doit pas être méconnue pour autant.

Si elle n’est pas notable dans l’œuvre géniale de cet affreux bonhomme, c’est qu’elle est le résultat insatisfaisant d’un travail inabouti. On oublie souvent, bizarrement, que Wagner a été jeune (si !). Alors qu’il n’a pas vingt ans, au moment même où il compose sa symphonie, il s’attaque à mettre en musique certaines pages du Faust de Goethe. Pas très original, notre Richard, à peu près tous les compositeurs du moment faisaient ou allaient faire de même. C’est que le mythe de Faust attire les musiciens romantiques comme les cheesecakes attirent votre serviteur. Et puis Faust avec Wagner, c’est un peu comme bonnet blanc et blanc bonnet, la seule différence étant que le compositeur n’a pas trouvé son Mephisto (mais un mécène à plumer, ça oui).

Il écrit donc vers 1832, sept mélodies tirées de Faust. Mais il renonce aussi sec. Quelques années plus tard, alors qu’il se trouve à Paris (il vit rue Jacob dans l’actuel VIe arrondissement), et qu’il gagne quatre sous en orchestrant des pièces d’autres compositeurs, il reprend son idée initiale pour en faire une pièce orchestrale qu’il a sans doute l’intention de transformer en symphonie. Cette pièce, dont il ne reste à peu près rien, est créée à Dresde en 1844.

C’est seulement onze ans après que son futur beau-père Franz Liszt, qui s’apprête lui-même à écrire sa propre Faust-Symphonie – véritable chef-d’œuvre, lui –, lui conseille de reprendre tout ça et de lui donner une forme plus ramassée de type poème symphonique. Wagner remanie donc sa partition et voici l’ouverture dont nous commémorons aujourd’hui la création à Zurich, voici cent soixante-six ans, sous la direction de Wagner lui-même.

Il s’agit d’une sorte de patchwork de thèmes déjà utilisés par son auteur, plus ou mois reconnaissables (Rienzi, Tannhäuser, Le Vaisseau fantôme…) et auxquels Wagner applique un chromatisme échevelé – ce que Hector Berlioz lui reprochait de manière générale avec sévérité – dans lequel on doit chercher à reconnaître le parcours de Faust, jusqu’à l’apaisement final. C’est pour moi l’occasion de mettre en avant un chef un peu oublié, mais fabuleux, Jasha Horenstein, qui donne à cette ouverture globalement assez sombre, des échos d’outre-tombe.

Cédric MANUEL

Illustration de Une
Scènes de Faust par Goethe, de Carl Vogel von Vogelstein, v. 1830 (détail)



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