Instant classique – 24 février 1788… 231 années jour pour jour. C’est sur la partition originale que Wolfgang Amadeus Mozart a porté la date du 24 février 1788 pour marquer la fin de la réalisation de son vingt-sixième et avant-dernier concerto pour piano.

Celui-ci est plus connu sous le nom de « Couronnement », non pas parce qu’il serait empreint d’une solennité pompeuse, bien au contraire, mais parce qu’il semble sans garantie toutefois qu’il ait été joué devant le nouvel empereur Leopold II, le jour de son couronnement, le 15 octobre 1790.

Ce concerto, qui est l’un des plus joués parmi ceux de Mozart, apporte une lumière intéressante sur la situation qui prévalait pour le compositeur à ce moment-là. Mozart est assailli de problèmes en tous genres, essentiellement matériels. Non pas qu’il soit pauvre, au contraire : protégé de l’empereur Joseph II et admiré par toute l’élite viennoise, il mène grand train et c’est bien là son problème. Mozart est un vrai panier percé.

Il lui faut donc composer des œuvres où il ose moins que dans ses plus grands chefs-d’œuvre de la même période ; il écrit, comme ici, des œuvres plus consensuelles, dans un goût plus suranné pour plaire au plus grand nombre. Nous dirions « conservateur » en quelque sorte, dans un style galant, avec un orchestre plus discret, sans effets audacieux, mais sans rien céder non plus en élégance ni en virtuosité.

Ce n’est sans doute pas par hasard, si cela est bien vérifié, que ce concerto un peu ancienne manière ait été joué devant Léopold II, pour essayer de l’amadouer un peu. En effet, le frère du protecteur Joseph II n’appréciait pas du tout la musique de Mozart, qui perdra ses soutiens, selon la très humaniste règle de toutes les cours (cela vaut aussi dans les régimes républicains, au demeurant).

En voici le premier mouvement, Allegro, dans une interprétation du grand Alfred Brendel au piano.

Cédric MANUEL



À chaque jour son instant classique !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »



Une – Der Erlkonig (« Le roi des aulnes »), tableau de Julius von Klever (autour de 1887)