Instant classique – 24 janvier 1922… 99 ans jour pour jour. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Carl August Nielsen tente de traduire ses meurtrissures musicalement. Il compose une symphonie en deux mouvements, ce qui est incongru, livrant une partition assez étrange et absolument fascinante.

Lorsque Carl August Nielsen commence à composer sa cinquième symphonie, il est profondément meurtri par la Première Guerre mondiale qui vient de s’achever. « Il n’existe pas un seul d’entre nous qui est le même qu’avant », dit-il. Cette folie meurtrière l’a profondément ébranlé et il a du mal à traduire cette douleur dans sa partition, qui lui prend deux ans. Quel sens donner à la vie et à l’art après tout ça ?

Pour répondre à cette question, ou du moins tenter d’exorciser une idée fixe, il conçoit son œuvre en deux mouvements, ce qui est tout à fait incongru par rapport à la symphonie classique et ses quatre mouvements parfois trois, parfois cinq. Et ces deux mouvements s’opposent : le premier illustre, après un début fascinant qui ondule, les ravages de la guerre, avec cette caisse claire qui vient scander plusieurs fois un rythme de marche militaire, alors que l’orchestre est inquiet, angoissé. Le second, en revanche, ramène à la vie une humanité meurtrie dans un allegro complexe, plus emporté qu’optimiste, en vérité.

C’est une partition assez étrange, que je trouve personnellement absolument fascinante, comme souvent avec Nielsen trop peu joué en France , quoique parfois difficile. Mais toujours diablement intéressante. Voici quatre-vingt-dix-neuf ans, la symphonie, créée à Copenhague sous la direction de l’auteur, est plutôt bien accueillie par le public danois, moins par les critiques, un peu déroutés.

Mais comme souvent avec la musique si originale de Nielsen, celle-ci devra attendre son heure. C’est grâce à Leonard Bernstein que cette heure sonnera. En 1962, le chef américain enregistre la cinquième symphonie, permettant ainsi qu’elle soit connue dans le monde entier. C’est cette interprétation implacable, très claire, d’une puissance très maîtrisée, que je vous propose ici dans son intégralité.

Cédric MANUEL



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