Instant classique – 26 décembre 1831… 187 années jour pour jour. Après La Sonnambula, qui avait remporté un grand succès à Milan en mars 1831, la Scala passe une nouvelle commande à Vincenzo Bellini qui, sur les rives du lac de Côme, va composer à partir de l’été suivant une nouvelle œuvre sur la base d’une pièce du Français Alexandre Soumet, créée à Paris au théâtre de l’Odéon, Norma, ou l’Infanticide.

Felice Romani adapte la pièce, et l’opéra doit être prêt pour le 26 décembre suivant, jour de la Saint-Étienne (Santo Stefano en Italie), qui consacrait les créations lyriques, ouvrant ainsi la longue saison du « Carnevale ».

Malheureusement, le soir de la création appartient à l’un de ces nombreux désastres qui jalonnent l’histoire de l’opéra, comme pour le Barbier de Séville, la Traviata ou Carmen. La célèbre Giuditta Pasta, créatrice triomphale d’Amina quelques mois auparavant, avait eu le plus grand mal à retenir le rôle de Norma, et tout particulièrement le célèbre « Casta Diva ». Ce soir là, souffrante, elle n’arrive pas à répondre aux exigences terribles du rôle, ce qui précipite la catastrophe, déjà annoncée par les nouveautés de la partition mais surtout entretenue par les ennemis de Bellini, qui n’en manquait pas.

Vincenzo Bellini, abasourdi, écrit à son ami Florimo le soir même :

« Je reviens de la Scala : première représentation de la Norma. Le croirais-tu… fiasco !!! fiasco !!! fiasco solennel !!! À vrai dire, le public fut sévère, il semblait véritablement venu pour nous juger […]. En dépit de tout cela, à toi seul je le dis, le cœur sur les lèvres (si la passion ne me trompe pas), que l’introduzione, la cavatina de Norma, le duetto entre les deux femmes, avec le terzetto qui suit, finale du premier acte, puis l’autre duetto des deux femmes, et le finale tout entier du second acte commençant par l’Inno di guerra, sont de tels morceaux de musique, et à moi il me plaisent tellement (modestie), que, je te le confesse, je serais heureux de pouvoir en faire de semblables dans toute ma vie artistique ! “Basta” !!! Dans les opéras, le public est le juge suprême ! À la sentence contre moi prononcée j’espère déposer appel, et si elle parviendra à changer d’avis, j’aurai gagné la cause et je proclamerai alors la Norma le meilleur de mes opéras. »

L’appel ne tarde pas : après quelques représentations, le succès vient enfin et ne disparaîtra plus.

Le rôle de Norma est aujourd’hui si lié au nom de Maria Callas qu’il serait vain d’y résister, que l’on aime ou non sa voix (et pour ma part, je ne l’aime vraiment pas du tout), tant la tragédienne a su s’imposer à toutes ses rivales, présentes et futures. En voici l’un des exemples les plus poignants, avec le début de l’acte II et la terrible hésitation de Norma devant ses enfants, qu’elle a eus du parjure Pollione et qu’elle veut tuer, alors que « dormono entrambi ». Ici dans l’une de ses incarnations publiques, le 7 décembre 1955, à la Scala de Milan.

Cédric MANUEL



À chaque jour son instant classique !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »