26 juillet 1904… 117 ans jour pour jour – Satie compose une pièce sur le « cakewalk », une danse imaginée d’abord par les esclaves afro-américains pour se moquer des colons. Sa petite partition pour piano rencontre un succès considérable et provoque même un petit scandale, en raison des paroles « suggestives » qui y sont ajoutées.

Lors de l’Exposition universelle de 1900 à Paris, apparaît le « cakewalk », cette danse imaginée d’abord par les esclaves afro-américains pour ironiser sur la démarche des colons se rendant au bal et que ces derniers – au moins pour certains d’entre eux – récompensaient d’un gâteau – d’où le nom de la danse. Elle est importée par les Américains participant à l’Expo et suscite une série de comédies musicales, dont la revue des « Joyeux Nègres ». Tel était le nom qu’on lui avait donné car cette mode, qui allait ouvrir ensuite la voie au ragtime et au jazz, restait alors en fait fortement raciste.

Mais cette revue remporte un grand succès à Paris et intrigue fort Erik Satie, compositeur unique en son genre, sans doute très excentrique et pas du tout aussi sympathique qu’on le dit parfois, mais surtout pionnier et modèle pour toute une génération de musiciens à venir (peut-être sans le vouloir ou le savoir), et notamment le fameux Groupe des Six – mais c’est une autre histoire.

Satie cherche donc à composer une pièce dont les caractéristiques s’appuieraient sur ce « cakewalk » et il réalise une petite partition pour piano seul qui en épouse le rythme. C’est Paulette Darty, son interprète habituelle, qui fait réaliser des paroles sur ce morceau, pour en faire une chanson, qu’elle interprète elle-même un peu partout et qu’elle crée voici cent dix-sept ans dans la revue Dévidons la bobine (sic). Satie adore cette interprétation, d’ailleurs : « Vous êtes si charmante dans ce morceau. Il faudrait des entrailles d’acier pour ne pas vous applaudir. »

Qui est-elle donc cette diva, devenue l’un des airs les plus célèbres de Satie ? C’est une jeune Anglaise qui plaît beaucoup et qui minaude aux abords et sur la scène de l’Empire, fameux music-hall londonien (qu’on retrouvera à Paris avenue de Wagram dans ces mêmes années d’ailleurs).

Ici, c’est Régine Crespin, dans son style inimitable, qui chante et en voici les paroles, conçues par un duo fort célèbre à l’époque, Blès et Bonnaud ; paroles qui firent quelque scandale par leur suggestivité pourtant bien sage :

« Sous le grand chapeau Greenaway,
Mettant l’éclat d’un sourire,
D’un rire charmant et frais
De baby étonné qui soupire,
Little girl aux yeux veloutés,
C’est la Diva de l’Empire.
C’est la reine dont s’éprennent
Les gentlemen
Et tous les dandys
De Piccadilly.
Dans un seul « yes » elle met tant de douceur
Que tous les snobs en gilet à cœur,
L’accueillant de hourras frénétiques,
Sur la scène lancent des gerbes de fleurs,
Sans remarquer le rire narquois
De son joli minois.
Elle danse presque automatiquement
Et soulève, oh très pudiquement,
Ses jolis dessous de fanfreluches,
De ses jambes montrant le frétillement.
C’est à la fois très très innocent
Et très très excitant. »

Cédric MANUEL



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