Instant classique – 26 (?) mars 1802… 218 ans jour pour jour. On sait que la Douzième sonate pour piano, en la bémol majeur, dédiée au prince von Lichnowsky a été composée entre 1800 et 1801 par Beethoven. On sait aussi qu’elle est publiée en mars 1802 chez Cappi à Vienne, avec le numéro d’opus 26.

Mars, 26… Je vous la présente donc un 26 mars…. Je sais que c’est capillotracté mais pourquoi diable ferais-je cela ? Eh bien par un mystérieux coup du sort, il se trouve que Ludwig van Beethoven est mort… un 26 mars, en 1827, vingt-cinq ans après la parution de cette œuvre fort célèbre. Et qu’y a-t-il donc dans cette fameuse sonate ? Eh bien je vous le donne en mille, il y a une « marche funèbre pour la mort d’un héros ». Curieux, non ? Et puis, c’est l’année Beethoven !

Ce dernier avait fait une esquisse de la sonate sur laquelle il avait écrit en marge : « Sonate pour M. en la bémol ». Ce M, semble-t-il, ne nous renseigne pas sur l’identité du fameux héros. D’ailleurs, rien ne dit que cette marche funèbre ait été composée en référence à quelqu’un. Le M. en question serait en fait pour Mollo, éditeur lui aussi. Cette fameuse marche funèbre était de toute évidence prévue depuis le départ. Il semble que Beethoven aurait d’abord souhaité la placer après l’allegro qui lui fait suite aujourd’hui et qu’il avait projeté un autre finale. C’est pourquoi certain interprètes changent l’ordre des mouvements (c’était, sauf erreur, le cas de Barenboim lors de son récent récital parisien) pour terminer avec la marche, ce qui a du sens. Ce n’est pas le cas du grand Arturo Benedetti-Michelangeli, que j’ai choisi ici, la marche étant bien l’avant-dernier mouvement.

Mais enfin, d’où vient-elle cette marche funèbre ? Son ami Ries raconte qu’elle aurait été inspirée à Beethoven par l’éloge qui lui avait été fait d’une autre marche funèbre, celle de Paer dans son opéra Achille. Sauf que c’est impossible, Beethoven ayant déjà largement entamé sa sonate lorsque cet opéra est créé à Vienne. Peut-être est-ce Romain Rolland, grand spécialiste de Beethoven, qui a la clé du mystère, en faisant le rapprochement avec Kant, que Beethoven vénérait. Selon Romain Rolland, un ami du philosophe raconte que « jamais Kant ne pouvait penser sans révolte qu’il avait une fois assisté à une musique funèbre sur Moses Mendelssohn, qui, d’après sa propre expression, avait consisté en piaulement sempiternel et fatigant. Il faisait la remarque qu’il y avait, à son sens, d’autres sentiments à exprimer, par exemple celui de la victoire sur la mort, ou de l’accomplissement parfait de l’Être. »
Allez donc savoir.

Cela n’empêchera pas les critiques de trouver que si quelques passages de la sonate « sont peut-être travaillées avec trop d’art » (sic), la marche funèbre est un « morceau d’harmonie véritablement grand, sombre et magnifique, car là, tout ce qui est difficulté et art est nécessaire à l’expression ».

Tout ça c’est bien beau, mais c’est pour qui, cette marche, hein ? Ce que je sais en tout cas, c’est que Beethoven est donc mort un 26 mars et que pour ses funérailles, le 29, au milieu d’une foule considérable, c’est cette « marche funèbre pour la mort d’un héros » qu’on a jouée. Curieux, non ?

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »