Instant classique – 26 mars 1866… 155 ans jour pour jour. Joachim Raff, compositeur de très bonne tenue, qui devrait être davantage reconnu, crée une ouverture « héroïque-dramatique » sur un fameux choral de Luther, Eine feste Burg ist unser Gott, devenu l’hymne des protestants luthériens. Un poème symphonique très lisztien d’inspiration.

Vous le savez, l’histoire de la musique comporte non seulement quelques génies universels et des compositeurs de tout premier plan, mais aussi une myriade de ce qu’on appelle « les petits maîtres », auteurs qui ont connu moins de gloire après leur disparition que les autres ou qui sont aujourd’hui totalement oubliés après avoir été fêtés de leur vivant (ou pas !). Et parfois, c’est injuste, il faut le dire.

Joachim Raff (1822-1882) fait à mon sens partie de ceux qui mériteraient d’être redécouverts. Ce Suisse alémanique fort prisé en son temps est resté pendant plusieurs années le secrétaire particulier de Franz Liszt. Il était donc aux premières loges de la connaissance musicale, qu’il avait lui-même acquise en parfait autodidacte. Mendelssohn, à qui il avait envoyé quelques pièces pour piano l’avait d’ailleurs vivement recommandé. Or, cet autodidacte s’est révélé être un compositeur de très bonne tenue, auteur de nombreuses partitions (on pense même qu’il a pu orchestrer plusieurs poèmes symphoniques de Liszt), qu’on ferait bien de jouer au concert plus souvent… quand il y aura des concerts.

Ainsi, en 1854, c’est pour son beau-frère dramaturge, Wilhelm Genast, auteur d’une pièce intitulée Le duc Bernhard von Weimar, que Raff compose une musique de scène constituée d’une ouverture, deux marches et deux fanfares. La pièce est créée en juillet 1855 à Weimar, justement, la ville de Liszt. Dix ans plus tard, Raff décide de reprendre la seule ouverture, pour en faire un morceau de concert. Il vit alors à Wiesbaden où il est une vraie célébrité locale, mais c’est à Karlsruhe que cette « nouvelle » ouverture est créée voici cent cinquante-cinq ans, sous la direction du chef d’orchestre et compositeur (lui aussi excellent « petit maître ») Kalliwoda, à l’occasion d’un concert de charité.

Cette ouverture « héroïque-dramatique » porte le nom du fameux choral de Luther, Eine feste Burg ist unser Gott, écrit par ce dernier (paroles et musique) à la fin des années 1520. C’est en quelque sorte l’hymne des protestants luthériens, avec un thème reconnaissable entre tous et qui est ici joué dès l’introduction par les bois. Bien des compositeurs l’ont d’ailleurs utilisé : Mendelssohn dans sa dernière symphonie (« Réformation ») ou Meyerbeer dans « Les Huguenots ».

L’ouverture – qui constitue un poème symphonique très lisztien d’inspiration – a un programme qui décrit ensuite les ravages des guerres de religion, avant d’aboutir à une conclusion triomphale et lumineuse. L’interprétation que j’ai trouvée (elles ne sont pas légion) est perfectible, mais c’est en public (on l’entend) et ça ne manque pas d’engagement.

Cédric MANUEL

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