Instant classique – 27 octobre 1893… 165 ans jour pour jour. Gustav Mahler enchaîne les lieder poétiques en cette fin de XIXe siècle, dont « la petite légende du Rhin » qui raconte les amours d’un roi et de sa bien-aimée… Le compositeur n’est certes pas roi, mais il y a bien une aimée tapie dans l’ombre, qui n’a de défaut que d’être mariée avec l’un de ses amis.

Gustav Mahler a écrit de nombreux lieder entre 1888 et 1901 autour du Knaben Wunderhorn (le cor merveilleux de l’enfant), ce recueil de poésie important dans la production littéraire germanique de l’époque préromantique. On y parle de la vie après les années de guerre européenne, des enfants, des villages, du passé, des légendes populaires. Schumann et Brahms y ont consacré eux-mêmes des lieder et Mahler se passionnera pour ces textes, qui seront les seuls qu’il utilisera pour les quatorze années qui suivront.

Lorsqu’il commence à composer sur ces derniers, il est amoureux, alla Mahler, c’est-à-dire qu’il se consume et – surtout – qu’il se cache car l’objet de cet amour, Marion von Weber, est mariée à son ami Karl et qu’il faut éviter le scandale public à tout prix. Mais le baron Karl von Weber, petit-fils du grand compositeur allemand, n’est pas dupe. Mahler l’a rencontré quelques mois auparavant et avait repris un ouvrage inachevé du grand-père de Karl, Die drei Pintos. Gustav, Marion et Karl souffrent donc tous les trois d’une situation bien compliquée. Mahler, lui, voit dans Marion un « être lumineux, entièrement dédié au beau et au bon, qui a donné à sa vie une signification nouvelle ». L’histoire d’amour finira, pas l’histoire d’amitié. Certains ont raconté que Karl était à peu près devenu fou à cause de cela, mais c’est une version très exagérée…

C’est donc dans cet état d’esprit que Mahler compose ses lieder. Une première vague sera créée fin 1892 à Berlin, puis le 27 octobre 1893 à Hambourg, Mahler en dirige quatre nouveaux, essentiellement composés durant l’été précédent : Trost im Unglück, Wer hat dies Liedlein erdacht ? Das himmlische Leben et Rheinlegendchen.

Pour ce concert hambourgeois, il dirige aussi sa première symphonie. Il est très tendu, l’enjeu étant important pour lui et l’accueil de ces précédentes œuvres ayant été souvent féroce. Mais malgré quelques sifflets, le public l’applaudit chaleureusement. La critique est divisée mais se concentre sur la symphonie. Mahler peut se dire que ce jour-là, à trente-trois ans, il a véritablement marqué des points en tant que compositeur sérieux.

Évidemment, lorsque je parle de Mahler, je ne peux pas omettre la référence à celui qui se voyait un peu comme un double de son héros, Leonard Bernstein. Il a enregistré les Knaben wunderhorn plusieurs fois, dont une avec Amsterdam et la merveilleuse Lucia Popp, qu’on entend ici dans le dernier des lieder créés voici tout juste cent vingt-sept ans, Rheinlegendchen (‘‘la petite légende du Rhin’’).

Ce petit ländler capricieux dit en substance : « Je jetterai dans le fleuve mon bel anneau doré. Un poisson l’avalera. Le roi demandera : “À qui donc est cet anneau ?”, ma bien-aimée dira : “Cet anneau est à moi !” et me le rapportera. » Ah, cet or du Rhin, décidément…

Cédric MANUEL

 



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