Instant classique – 29 janvier 1916… 103 années jour pour jour. C’est à Londres, où il vit et entendit les ballets de Stravinsky et le Daphnis et Chloé de Ravel, que Sergueï Prokofiev rencontre le patron des ballets russes, Serge Diaghilev.

Il lui propose d’écrire un ballet lui aussi (jaloux, va) sur un sujet relatif à la Russie antique et païenne (tiens, tiens, comme dans le Sacre du printemps… Jaloux, va). Le ballet Ala et Lolly évoque ainsi la déesse de la fécondité, Ala, menacée par un gros méchant, le dieu Tchoujbog, lequel est écrasé par le beau, vaillant, puissant, etc., chevalier Lolly.

Diaghilev est consterné par la vacuité du sujet… et demande à Prokofiev de penser à un autre ballet, qui verra effectivement le jour celui-là et qui s’appellera Chout (le bouffon). Mais Prokofiev réutilise quand même la musique conçue pour Ala et Lolly l’année suivante et en tire une suite pour orchestre en quatre parties, qu’il baptise « suite scythe », du nom de ces peuples nomades eurasiens.

La présentation de l’œuvre à Saint-Pétersbourg, il y a tout juste cent trois ans, suscite un scandale faisant penser à celui du Sacre du printemps (Prokofiev, jaloux jusqu’au bout), même si on oublie souvent que le fameux barouf au théâtre des Champs-Élysées était davantage dû à la chorégraphie de Nijinski qu’à la musique de Stravinsky.

Mais Prokofiev, dans son langage à lui, propose lui aussi une œuvre à l’esthétique très « primitive », qui fait la part belle aux fortissimi, dès le début… Ici avec une incandescence et une précision redoutables par le Chicago Symphony et Claudio Abbado.

Cédric MANUEL



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