29 septembre 1969 – La quatorzième symphonie, dont nous célébrons le 52e anniversaire aujourd’hui, peut être considérée comme l’une des plus importantes œuvres terminales de Chostakovitch. Une œuvre qui dessine les contours funèbres de la fin, de l’anéantissement.

Au début de l’année 1969, Dimitri Chostakovitch est à nouveau victime d’une crise cardiaque, comme il en a régulièrement depuis trois ans. Il s’en sort à nouveau mais à chaque fois plus diminué.

Il songe alors à écrire des œuvres qui sont autant de partitions testamentaires, plus ou moins réussies, mais souvent saisissantes, jusqu’à sa mort six ans plus tard. La quatorzième symphonie, créée voici cinquante-deux ans à Léningrad (quatre jours après son soixante-troisième anniversaire), sous la direction de son ami Rudolf Barshai, peut être considérée comme l’une des plus importantes de ces œuvres terminales.

Chostakovitch y reprend l’idée d’une symphonie avec voix (une basse et une soprano) et choisit un orchestre réduit aux cordes et à de nombreuses percussions légères (l’habituel xylophone, le célesta, les cloches, le vibraphone ou les castagnettes). Chaque partie de la symphonie repose sur un poème et il y en a dix, plus une courte conclusion, soit onze mouvements. Les deux premiers se basent sur des poèmes de Lorca – dans la langue d’origine, les six suivants sur des textes d’Apollinaire, dont certains adaptés en allemand par Brentano, le neuvième mouvement sur un poème du russe Küchelbecker et les derniers sur Rilke.

Autant vous le dire tout de suite au cas où vous en doutiez, surtout avec cette météo grisouille, vous n’allez pas vous fendre la poire ni vous tenir les côtes. Partout, Chostakovitch, qui avait été très impressionné par les chants et danses de la mort de Moussorgski qu’il venait d’orchestrer, dessine les contours funèbres de la fin, de l’anéantissement. À tel point que l’œuvre elle-même s’arrête brusquement, sans autre forme de procès.

Et pour bien se faire comprendre, le compositeur croit bon d’ajouter dans sa préface de la création de l’œuvre, texte paru dans La Pravda, cette citation du poète russe Ostrovski : « Ce que l’homme possède de plus précieux, c’est sa vie. Elle ne lui est donnée qu’une fois. Et il faut la vivre de façon à ne pas regretter des années passées inutilement, à ne pas rougir de honte pour son passé bas et mesquin, et pouvoir dire en mourant : toute ma vie et toutes mes forces ont été consacrées à ce qu’il y a de plus beau au monde : la lutte pour l’affranchissement de l’humanité. »

De ces onze mouvements, j’ai choisi le troisième, « Lorelei » d’Apollinaire, adapté par Brentano ici traduit en russe. C’est l’un des morceaux les plus longs, très dramatique, où les deux protagonistes se disputent jusqu’à ce que Lorelei se jette dans le Rhin. J’ai choisi l’interprétation de Kirill Kondrachine, avec d’excellents interprètes, dans l’une des meilleures intégrales des symphonies de Chostakovitch, glaçante à souhait…

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »