Instant classique – 30 décembre 1884… 135 ans jour pour jour. Anton Bruckner commence à esquisser sa septième symphonie dès 1881. Mais ce sont les circonstances qui vont en réalité la modeler.

On sait la vénération profonde d’Anton Bruckner pour Richard Wagner. L’été 1882, il se rend à Bayreuth où il entend Parsifal, comme en apesanteur. C’est la dernière fois qu’il y voit son idole, qui meurt quelques mois plus tard à Venise, laissant notre doux autrichien inconsolable. Alors, d’un trait, c’est sous le coup de ce deuil que Bruckner achève sa symphonie, l’une des seules qu’il n’a pas reprise, remaniée, corrigée. On sait donc précisément ce qu’il voulait, comment et pourquoi. Et en particulier le fait que, bien que dédiée à Louis II de Bavière, le protecteur de Richard Wagner, c’est bel et bien à ce dernier que ce monument est destiné, et en premier lieu le célèbre adagio commencé quelques semaines avant la mort de Wagner et achevé en avril 1883. Véritable Requiem symphonique, il est l’un des sommets de l’art brucknérien.

La symphonie est créée sous la direction d’Arthur Nikisch à Leipzig ,il y a donc tout juste cent trente-cinq ans. Une fois n’est pas coutume, elle remporte un très grand succès : « D’abord curiosité, ensuite intérêt, puis admiration, enfin enthousiasme, telle fut la gradation », écrit Bruckner, peu habitué à être ainsi acclamé.

La Septième est de fait l’une des plus jouées et des plus populaires. Son utilisation dans le film Senso de Luchino Visconti n’a pas peu fait pour sa diffusion, et une réduction pour orchestre d’harmonie accompagnera d’ailleurs les funérailles du compositeur douze ans plus tard. Bruckner, éternel mal-aimé et malchanceux, prend ainsi sa revanche en rendant un hommage à Wagner mais en restant plus que jamais lui-même.

C’est évidemment l’adagio que j’ai choisi, ici dans l’interprétation extrêmement lente de Sergiu Celibidache, le seul qui a su, en adoptant ces tempi très étirés, magnifier les mouvements lents des symphonies. Mais il met entre cinq et sept minutes (!) de plus que ses principaux concurrents.

Ici tout est splendeur jusqu’au coup de cymbale (à 22’36 pile), lorsqu’on atteint le paroxysme de cette montée au ciel, que Bruckner semble avoir ajouté ensuite : il y a bien sur la partition autographe un petit papier collé où ce coup figure bien, mais avec la mention « non valable » écrite à côté. La plupart des chefs l’ont néanmoins adopté car il a bel et bien sa place.

Bruckner n’est pas toujours facile d’accès, on a l’impression de se trouver devant une forêt impénétrable et on peut redouter (ou railler) ses longueurs, mais il suffit parfois de fermer les yeux.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »