Instant classique – 29 septembre 1837… 235 ans jour pour jour. Encore Mozart, aujourd’hui, qui achève la composition de son dix-huitième concerto pour piano voici tout juste 235 ans. 

On pense qu’il l’a écrit pour une tournée de concerts qu’il devait effectuer avec la jeune virtuose aveugle, Marie-Thérèse Paradies. Comme régulièrement avec Mozart, les masques de la sérénité et du drame alternent dans cette œuvre intrigante. Les deux mouvements extrêmes sont chaleureux, souriants. Ils ne laissent rien présager ni deviner d’une sorte de désolation intérieure. Et pourtant, il y a au centre un grand andante qui change tout. Un andante en mode mineur, ce qui n’est pas si fréquent chez lui à ce moment là. Un mouvement pathétique qui vient se poser là comme pour dire la vérité de tout le concerto, celle que les deux autres mouvements cachent, mais qui est pourtant le véritable état d’esprit de Mozart alors. Et d’ailleurs, on entend çà et là quelques échos vite effacés de ce qui nous attend dans le premier mouvement.

Que s’est-il passé pour expliquer ce serrement de cœur ? Pourquoi Mozart semble-t-il aussi désespéré alors qu’il vient de devenir le père, le 21 septembre, d’un enfant mis au monde par Constance, le petit Karl-Thomas ? La correspondance ne peut rien nous en dire, car celle de cette période a été inexplicablement et totalement détruite.

Peut-être, mais c’est une hypothèse qui n’engage que moi, faut-il chercher du côté de la maison Trattner, libraire-éditeur qui héberge la famille Mozart. Parmi les élèves de Mozart, depuis quelques années, il y a Thérèse von Trattner, l’épouse de l’hôte. C’est grâce à elle qu’il peut organiser dans une salle de la maison des concerts, grâce à elle qu’il peut organiser une véritable petite académie. On n’en saura pas plus. À l’aise financièrement, la famille Mozart va déménager au moment où il termine le concerto. La sonate en ut mineur qui suivra en octobre, dédiée à Thérèse, est elle aussi traversée du même désespoir que notre fameux andante. Et pourtant, il l’a écrite avant tout cela. Et voilà qu’il déménage assez précipitamment même si son aisance matérielle lui permet de loger confortablement dans la maison qu’on visite aujourd’hui à Vienne et peut donc expliquer ce départ. Et voilà aussi que les concerts suivants n’auront pas lieu dans la salle de la maison Trattner… Il s’est donc sans doute passé quelque chose, dont nous ne saurons jamais rien, mais qui nous laisse l’un des plus beaux morceaux de la littérature mozartienne.

Quelques mois plus tard, Léopold, le sévère père de notre Wolfgang, écrit une lettre pleine de fierté à sa fille Nannerl, dans laquelle il parle de l’exécution de ce concerto à Vienne : « Le dimanche soir, il y a eu au théâtre le concert de la cantatrice italienne Laschi. Il y eut le concerto de violoncelle ; un ténor et une basse chantèrent chacun un air, et ton frère joua un magnifique concerto qu’il avait écrit pour la Paradies. Je n’étais éloigné que de deux loges de la belle princesse de Wurtemberg, et j’eus le plaisir d’entendre si parfaitement tous les divers instruments que les larmes m’en vinrent aux yeux de plaisir. Lorsque ton frère eut fini, l’empereur [Joseph II], le chapeau à la main, lui fit signe et cria : « Bravo Mozart ! ». Lorsqu’il reparut pour jour, il fut applaudi de tous côtés. » Une consolation, vraiment ?…

Voici ce fameux andante dans un document rare, avec le vieux Sviatoslav Richter au Japon, sous la direction de Rudolf Barshai.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »