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31e promo du CNAC : le cirque en acte, en piste et en jouissive virtuosité

31e promo du CNAC : le cirque en acte, en piste et en jouissive virtuosité
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Pour le spectacle de fin d’étude de la 31e promotion du Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne, On est pas là pour sucer des glaces, c’est le Galapiat Cirque – groupe lui-même issu du CNAC – qui met en piste les 16 artistes, au seuil de leur insertion professionnelle. Une traversée à l’esthétique dépouillée et à l’ingéniosité foisonnante mais surtout, résolument collective.

La mise en scène de cirque – ou mise en piste – a ceci de jouissif qu’elle nécessite un bricolage rusé et créatif pour permettre aux artistes et à leurs agrès de cohabiter, d’évoluer au sein de l’espace circulaire et – dans la mesure du possible – de faire dramaturgie, ensembles.

Dans On est pas là pour sucer des glaces, le rapport de l’artiste à son agrès, et celui des agrès à la piste, rappelle les changements de décors à l’opéra tels que nous les décrivait Rousseau dans ses Confessions : « N’avez-vous point vu quelquefois l’opéra en Italie ? Dans les changements de scènes il règne sur ces grands théâtres un désordre […] qui dure assez longtemps ; toutes les décorations sont entremêlées […], on croit que tout va renverser : cependant, peu à peu tout s’arrange, rien ne manque, et l’on est tout surpris de voir succéder à ce long tumulte un spectacle ravissant. »

Comme à l’opéra, le Galapiat Cirque orchestre cette dynamique collective profondément circassienne, avec légèreté et panache. L’agencement, la mécanique globale de la « machine cirque » devient une esthétique à part entière, où les corps et les agrès se mêlent. C’est donc un véritable spectacle de « promotion » auquel nous assistons, avec tout ce qu’il a de galvanisant et parfois de fragile, où l’ordre se mêle au désordre, où la singularité de chaque circassien surgit et se fond dans le collectif.

Tableaux collectifs et dramaturgie de l’absurde

À peine les lumières éteintes, on croit déjà pouvoir s’insurger contre la sonnerie du téléphone portable qui retentit si impoliment. On cherche à gauche, à droite, puis on perçoit au milieu de la piste la lumière du Smartphone qui s’agite dans des couleurs de discothèque. Quelques secondes plus tard, ces mêmes couleurs sont reprises dans toute la salle et laissent découvrir les seize étudiants qui dansent avec timidité au centre de la piste. Seuls, ensembles. Le spectacle démarre. De là s’enchaînent, dans les règles de la dramaturgie circassienne, tableaux collectifs, solos, duos, traversées, contrepoints. La bande sonore et musicale, les lumières, offrent une jolie fluidité dans les transitions. Les tableaux collectifs nous emmènent dans des rêveries suspendues ou festives : se croisent catcheurs, arrosoir volant, homme à bicyclette, violoniste tyrannique, corps suspendus dans leur lenteur, chœur chantant, lion en peluche, femme à roller, matières, sons, paillettes.

« What is the opposite of thinking ?! », crie l’un d’entre eux avant de s’écrouler, la théâtralité n’est jamais loin, mais peine à imposer une dramaturgie plus rigoureuse, plus construite, plus profonde sur le propos et qui permettrait de rythmer cette traversée, d’équilibrer les focus sur chacun des artistes de la promo. On voudrait tant continuer à suivre l’histoire de Davide Bonetti, acrobate aux pieds emprisonnés dans la glace, et de sa plante verte ; on voudrait que parfois les moments de tension – de drame – ne soient pas presque systématiquement brisés par la dérision.

Virtuosité et recherche artistique

Au cœur de ce tumulte jouissif surgissent des instants poétiques et virtuoses : Marica Marinoni est captivante d’animalité avec sa roue Cyr, Carlo Cerato, d’une sincérité hilarante dans son numéro de jongle, Maël Thierry hypnotisant au Mât chinois, Noémi Devaux exigeante dans sa proposition au cerceau aérien, pour ne citer qu’eux car, de façon certaine, les seize circassiens sont tous d’un talent et d’une singularité éblouissante. Surtout, ils nous font voir leur processus, la recherche en train de se faire et leur recherche à venir : oui, dans On est pas là pour sucer des glaces, c’est le cirque en train de se faire auquel on assiste, au spectacle en train de s’inventer – et de se parfaire – sous nos yeux.

Zelda BOURQUIN



Spectacle : On n’est pas là pour sucer des glaces

Spectacle de fin d’études de la 31e promotion (2019-2020)
Création : 4 décembre 2019 au Cirque historique de Châlons-en-Champagne
Durée : 1h30
Public : à partir de 6 ans

Mise en piste : Galapiat Cirque
Avec Demian Bucci (Suisse), Sebastian Krefeld (Danemark), Oskar Norin (Suède), Anton Persson (Suède), Fernando Arevalo Casado (Espagne), Davide Bonetti (Italie), Carlo Cerato (Italie), Noémi Devaux (France), Hector Diaz Mallea (Chili), Aurora Dini (Italie), Darianne Koszinski (Allemagne), Marica Marinoni (Italie), Ivan Morales Ruiz (Mexique), Pablo Peñailillo Soto (Chili), Maël Thierry (France), Céline Vaillier (France).
Composition musicale : Pierre Lordet
Création Lumière : Thomas Bourreau
Création Costumes : Nadège Renard assistée de Julie Coffinières
Stagiaire Costumes : Romane Cassard
Stagiaire dramaturgie et mise en piste : Esther Friess
Régie générale : Julien Mugica
Régie Plateau : Jacques Girier
Régie Lumière : Vincent Griffaut
Régie son : Maxime Farout
Site internet : CNAC

Crédits photographiques : Sébastien Armengol
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Où voir le spectacle ?

– Du 22 janvier au 16 février 2020 : Parc de la Villette, Paris
– Du 3 au 5 avril 2020 : Cirque Théâtre d’Elbeuf, Normandie
– Du 28 février au 1er mars 2020 : Les halles, Schaerbeek (Belgique) –
– Du 24 au 26 mars : à côté du théâtre municipal de Charleville-Mézières (08)
– Du 17 au 19 avril 2020 : cirque du Manège, scène nationale de Reims
– Du 5 au 7 juin 2020 : Centre culturel Le Grand Pré, Langueux (22)
– Du 8 au 10 mai 2020 : dans le cadre des festivals « Les nuits d’Éole » et « Passages »

CNAC (crédits Sébastien Armengol)

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