4 septembre 1892… Il y a 129 ans jour pour jour naissait le grand compositeur Darius Milhaud, qui se disait « Français de Provence et de religion israélite » et qui vécut un enfance gorgée de soleil, entre Aix et Marseille, comme on peut l’entendre dans ses premières œuvres.

« Je suis un Français de Provence et de religion israélite. » Tels sont les premiers mots de l’autobiographie réjouissante et passionnante de Darius Milhaud, Ma vie heureuse. Ce Français de Provence est en effet né à Marseille voici cent vingt-neuf ans. Mais ses parents vivaient dans le quartier du Bras-d’Or à Aix-en-Provence, près de la fameuse place de la Rotonde où se trouve aujourd’hui le Conservatoire de la ville, qui porte son nom. Nom qui est celui d’une des plus anciennes et plus illustres familles juives de la région, originaire de la région d’Avignon. Son arrière grand-père avait d’ailleurs inauguré la synagogue d’Aix en 1840. Son père, banquier aixois, avait épousé une Marseillaise (oh peuchère ! diraient les Aixois… et les Marseillais), d’origine italienne.

Si Darius est né à Marseille, c’est que, selon la tradition, sa mère était partie chez ses propres parents pour y accoucher. Mais pas de doute, c’est un Aixois et ceux qui connaissent la région savent que ce n’est pas du tout pareil ! L’un de ses plus chers amis dira d’ailleurs : « Milhaud, Marseillais ? Par les registres de l’état-civil, sans doute ! Mais selon la lettre seulement et pas davantage ! Car c’est bel et bien à Aix, selon le cœur et l’esprit, qu’il est venu au monde ! » Leur maison était une ancienne auberge que le grand-père de Milhaud avait achetée pour y installer un commerce d’amandes. Elle est désormais cachée par le gros complexe Sextius-Mirabeau mais n’en reste pas moins une magnifique maison provençale, aujourd’hui place Niollon pour ceux qui connaissent Aix.

La musique est très présente dans le foyer dont Darius est l’unique enfant : le père de Darius avait créé la Société musicale de la ville et sa mère, en bonne italienne, chantait, notamment des chants religieux. Un jour, raconte Milhaud, sa mère entend jouer la fameuse mélodie napolitaine « Funiculi, funicula » au piano du salon. Elle croit d’abord que c’est la grand-mère de Darius qui s’amuse avec l’instrument comme elle le fait parfois. Elle trouve alors son fils, juché sur un tabouret, essayant de retrouver les notes entendues de chanteurs de rues italiens qui étaient passés sous leurs fenêtres… Milhaud n’a alors pas trois ans. Il commence le violon à sept puis s’améliore très vite.

Après une enfance heureuse, il entre au Conservatoire à Paris à dix-sept ans et va y suivre les cours, notamment, de Gedalge et de Widor, mais aussi, pour l’orchestration, de Dukas. Il laisse d’ailleurs une description assez triste de ce dernier, bien peu pédagogue et raillé méchamment par ses élèves qui ne mesurent pas qu’ils ont devant eux l’un des plus grands symphonistes de la musique française… Milhaud fait des rencontres décisives dans le monde culturel parisien : Auric, Honegger, mais aussi Jammes, Gide ou bien sûr Claudel. Tous vont très vite avoir une immense influence sur lui et changer sa vie. Mais c’est une autre histoire !

En attendant, pour célébrer dignement cet anniversaire, voici l’une de ses toutes premières œuvres, baignée de soleil : une sonate pour violon et piano, opus 3, composée en 1911, il y a donc cent dix ans, « ma première œuvre digne d’être conservée » dira-t-il. En voici l’un des merveilleux mouvements, « très rythmé, joyeux ».

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »