Instant classique – 5 novembre 1888… 132 ans jour pour jour. Tchaïkovski compose sa cinquième symphonie, étrillée par la critique mais très bien accueillie par le public. Une œuvre à part, qui connaîtra un succès croissant.

En mars 1888 (dans le calendrier julien alors en vigueur en Russie), alors qu’il se trouve à Tiflis, Piotr Ilitch Tchaïkovsky écrit à son frère Modeste qu’il souhaite écrire une nouvelle symphonie, sa cinquième, durant l’été. Il s’installe le mois suivant à Frolovskoie, près de Kline, où il a une maison de vacances. Grippé, il n’arrive d’abord pas à composer et s’en plaint. Puis peu à peu, la muse revient, même si Tchaïkovski confie à Mme von Meck, sa mécène et amie, qu’il n’a plus la même facilité qu’autrefois.

Lorsqu’il termine la symphonie, il dit à Taneiev qu’il ne la trouve « pas plus mauvaise que les autres ». C’est du reste lui-même qui la dirige (il était un excellent chef d’orchestre) à Saint-Pétersbourg pour la création, en même temps que son poème symphonique Hamlet. Le public lui fait très bon accueil.

Mais la presse se déchaîne : « Une symphonie avec trois valses, et de plus avec une instrumentation prévue pour les effets les plus vulgaires. N’est-ce-pas suffisant pour caractériser M. Tchaïkovski comme un compositeur qui n’a plus rien à dire ? », trouve-t-on dans Diem (Le Jour). D’autres se contentent de déplorer un « pas en arrière ». Même l’impitoyable César Cui, dont on peut cruellement rappeler que tout le monde a oublié les propres œuvres, assassine la partition, également au prétexte qu’elles contiennent trop de valses. Seul Taneiev, enthousiaste, soutient que c’est la meilleure de toutes (ils ne connaissent pas encore la sixième, bien entendu).

Tchaïkovski, extrêmement sensible aux critiques et incapable d’objectivité en ce qui le concerne, estime immédiatement que ces commentateurs ont hélas raison : « Je suis arrivé à la conclusion que cette symphonie n’est pas réussie. Il y a quelque chose de déplaisant en elle, elle est trop bariolée, trop fabriquée et manque de sincérité […] N’ai-je vraiment plus rien à dire ? Est-ce vraiment le commencement de la fin ? »

Comme souvent, Tchaïkovski est trop dur envers lui-même et le succès croissant de son œuvre en Europe le convaincra vite qu’il se trompe. De fait, cette symphonie est une merveille – je la préfère d’ailleurs aux cinq autres, même à la sixième, c’est dire. Mais celle-ci est à part.

La cinquième est la seule qui constitue un cycle, avec un thème qui revient et qu’on entend dès le début du premier mouvement. Un thème sombre, sur un rythme de marche qui reviendra dans le quatrième mouvement, dans une splendide montée vers la lumière. Mais le bijou, c’est l’andante cantabile, le second mouvement de la symphonie, que j’ai choisi ici par l’orchestre de Boston sous la baguette, une fois de plus, de Lenny, sans doute lors d’une édition du festival de Tanglewood. Le son est assez mauvais, mais l’interprétation tout à fait conforme à l’esprit de l’œuvre. Le concert entier est d’ailleurs disponible aussi sur YouTube.

Cédric MANUEL

 



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