Instant classique – 5 septembre 1932… 87 ans jour pour jour. Au printemps 1932, la princesse de Polignac demande à Francis Poulenc de composer une nouvelle œuvre concertante. Le jeune Poulenc (il a 33 ans) s’exécute avec une facilité déconcertante (pratique pour un concerto), heureux de pouvoir prouver sa valeur : « du pur Poulenc ! », s’écrit-il.

Pourquoi faire un concerto banal alors qu’il pouvait en faire un pour deux pianos ? Il en résulte trois mouvements très différents, passionnants, foisonnants, créés il y a tout juste 87 ans à Venise, au festival international de musique, avec l’orchestre de la Scala de Milan dirigé par Désiré Defauw. Poulenc et son ami d’enfance Jacques Février, en étaient les deux solistes. 

Pour découvrir Poulenc, son esprit subtil et ses multiples visages, ses nombreuses influences et son propre style si particulier, le concerto pour deux pianos est sans doute l’une des œuvres les plus appropriées. Certains lui trouvent un air d’inabouti, une sorte de rendez vous manqué avec le chef-d’œuvre, presque un brouillon. C’est bien injuste car si en effet Poulenc, comme souvent (mais pas toujours !) s’amuse un peu dans les deux mouvements extrêmes, il ne perd pas l’occasion de se transformer en poète d’une ineffable douceur. « Je préfère Mozart à tout autre musicien », disait-il. Écoutez le début du merveilleux larghetto : Mozart n’est pas loin. Mais dans ce même larghetto, vous entendrez aussi une mélodie aux violons, sur les aigus, véritable tapis d’étoiles merveilleusement poétique qui vous transportera. Le dernier mouvement sautille, lorgne vers la variété et le jazz, mais qu’importe, c’est un concerto plein d’esprit et d’influences qui plaisaient à Poulenc.

« Voulez-vous savoir ce que j’avais sur mon piano pendant les deux mois de gestation du concerto ?, écrit-il à Stravinsky. Les concertos de Mozart, ceux de Liszt, celui de Ravel et votre Partita. » Un caméléon, Poulenc ? Oui, mais toujours avec le visage de Poulenc.

Il l’a beaucoup joué avec Jacques Février, comme pour la création ; et notamment ici, vingt-cinq ans après Venise, avec la société des Concerts du conservatoire (ancien nom de l’orchestre de Paris), sans doute cher à l’ami Yves Gounin qui nous récitera l’arrêt du même nom. Si vous cherchez sur YouTube, vous verrez un autre enregistrement, sans doute peu de temps avant la mort de Poulenc, filmé avec le compositeur et, toujours, Jacques Février. Un beau document, hélas divisé en trois vidéos. J’ai donc choisi l’intégrale unique (l’œuvre est plutôt courte), non filmée, mais avec la partition !

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »