6 mai 1852… 169 ans jour pour jour – À partir d’un poème de Ludwig Uhland, Schumann compose une partition clinquante. L’orchestration est riche et l’atmosphère générale de l’œuvre est héroïque, avec notamment les interventions du chœur qui racontent un peu la trame de façon passionnée et solennelle. 

Robert Schumann s’est quelquefois inspiré des textes de Ludwig Uhland, poète douane libéral et partisan de l’unification allemande (qu’il ne verra pas) contre les potentats locaux. Le compositeur, qui partage ses idées, adapte donc Der königssohn, « le Fils du roi », alors qu’il vient de s’installer à Düsseldorf pour prendre la tête de l’orchestre local (ce qui sera une catastrophe).

Le poème, divisé en six brefs tableaux, commence par la distribution des terres du roi à ses deux fils aîné. Le plus jeune demande juste une couronne rouillée et trois navires. Il part avec eux, son bateau coule dans une grande tempête, mais le prince paraît glorieusement au milieu des flots et parvient jusqu’au rivage. Il décide qu’il affrontera ainsi des animaux fabuleux. Il dompte ainsi un cheval sauvage entre autres faits héroïques qui assurent sa gloire. Dans l’antre d’un dragon, son baiser à ce dernier (on l’appelait « lèvres en feu » ?) transforme l’horrible bestiole en jeune femme des plus jolies. On fête les noces au château et à cette occasion, un barde aveugle rend la vue aux chevaliers qui entourent le roi (on comprend qu’ils l’avaient perdue). Tous célèbrent la vaillance du prince. Au moins, ça ne finit pas trop mal… mais c’est un peu clinquant.

Schumann confiera après la création qu’il pensait que cette partition était celle « de toutes […] qui produit l’effet le plus frappant ». De fait, son orchestre est exceptionnellement étendu, un peu comme celui de Berlioz ou de Wagner : les bois par deux, un piccolo, quatre cors, deux trompettes, deux cornets à piston, trois trombones, un tuba… L’orchestration est riche et l’atmosphère générale de l’œuvre est héroïque, avec notamment les interventions du chœur qui racontent un peu la trame de façon passionnée et solennelle.

Elle est créée à Düsseldorf voici cent soixante-neuf ans, avec Schumann à la tête de « son » orchestre avec lequel rien ne va déjà plus. C’est aussi l’œuvre qui a servi à un concert donné à Cologne en juillet 1853 pour la reconstruction de la cathédrale de Cologne.

Un des rares enregistrements de cette partition très méconnue – ce qui est assez dommage – est précisément réalisé avec l’orchestre de Düsseldorf, accompagné par un chœur très correct et des solistes de renom voici une bonne trentaine d’années, je pense. En voici un extrait.

Cédric MANUEL



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Rubrique : éphéméride