Instant classique – 9 juin 1902… 116 années jour pour jour. « Quand on écrit une œuvre de cette dimension, une œuvre qui reflète la création tout entière, on est pour ainsi dire un instrument dont joue l’univers. » Pas toujours modeste, Gustav Mahler n’en illustre pas moins la formidable énergie qu’il a trouvée pour écrire l’énorme 3e symphonie.

C’est en 1895, durant ses « vacances » d’été à Steinbach-am-Attersee, qu’il entreprend sa nouvelle œuvre. Pour des vacances, il commence à 6h30 dans la petite cabane au milieu de la forêt où il se retire pour composer. Comme toujours, il imagine un programme qui relie la nature, les rochers, les fleurs, les animaux, aux hommes et à l’amour qui soutient l’univers.

Gustav Mahler pensait même l’intituler « songe d’une nuit d’été », sans référence à William Shakespeare, cependant. Poussé par une inspiration irrésistible, il compose ainsi cinq des six mouvements durant l’été 1895 et ne fait qu’esquisser le 1er. L’année suivante, retour à Steinbach pour finir ce 1er mouvement. Il s’aperçoit qu’il l’a oublié à Vienne. Le temps qu’il prévienne un ami pour qu’il le lui porte et que ce dernier le fasse, huit jours passent durant lesquels Mahler est en proie à la plus vive mortification, tournant en rond, plein de doutes. Il réalise pourtant ce 1er mouvement en un mois. À lui seul, il dure plus d’une demie-heure.

Dans cette œuvre-monde, Gustav Mahler, hanté par les idées morbides, célèbre enfin la vie. À Berlin, le 9 mars 1897, on joue la symphonie incomplète (trois mouvements sur six), dont le monumental finale, adagio. Les sifflets sont plus nombreux que les applaudissements. La presse allemande éreinte Mahler, qu’elle traite presque de clown, de « farceur », raillant particulièrement le finale, justement. Mahler en est durablement affecté. Mais il était habitué.

Cinq ans plus tard, on donne enfin la première audition intégrale à Krefeld. Et cette fois, c’est le triomphe. Gustav Mahler tient sa revanche. Particulièrement après le finale, dont un critique dit qu’il s’agit du « plus beau mouvement lent jamais composé depuis Beethoven ».

Je vous en laisse juge avec un Claudio Abbado des dernières années à Lucerne, magnifique. C’est d’ailleurs ce finale que les musiciens de ce même orchestre créé par lui, en larmes, choisiront à l’été 2014, quelques mois après sa mort, pour lui rendre hommage.

Cédric MANUEL



À chaque jour son instant classique !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »



Photographie de Une – Gustav Mahler, photographié par Moriz Nähr en 1907