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Arnaud Rebotini dans la Cour d’honneur : Run Away Avignon, Run Away !

Arnaud Rebotini dans la Cour d’honneur : Run Away Avignon, Run Away !
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Dans la Cour mais sans honneur, le festival d’Avignon s’est terminé mardi en musique. De la techno pour les homos, de la house pour les hétéros, sans la transe ni la « dance ». Concert mégalo pour messie gominé.

Comment parler de la clôture du 72e festival d’Avignon sans évoquer la consternation d’une majorité de festivaliers, qui sont partis avant la fin, qui n’ont pas applaudi, qui ont compté toutes les fenêtres du Palais des papes et tous les créneaux des remparts d’Avignon tellement ils s’ennuyaient, qui ont crié à l’imposture quand quelques-uns levaient les bras au ciel devant le nouveau messie gominé, en plein bain de foule mégalo.

Comment faire sans prendre la machine à remonter le temps ? C’était il y a trente-cinq ans : le groupe anglais Bronsky Beat faisait un carton avec le tube gay Smalltown Boy. C’était il y a un an : le déjà culte Cent vingt battements par minute gagnait le César de meilleure musique de film. C’était il y a 1 jour : Arnaud Rebotini le DJ moustachu du remix de Smalltown Boy et de la bande originale de Cent vingt battements par minute clôturait dans la Cour d’honneur le festival d’Avignon avec sa nouvelle formation le Don Van Club.

C’était il y a trente-cinq ans. Le sida se répandait sur le monde à la vitesse de l’éclair, le hit Smalltown Boy tournait à la même vitesse dans toutes les boîtes gay de la planète : l’histoire d’un jeune homo prolo qui quitte Glasgow. Et Jimmy Sommervillel chantait Run Away Run Away

C’était il y a un an : le réalisateur Romain Campilllo et Philippe Mangeot son co-scénariste présentaient au public l’histoire d’Act Up, l’association militante des années Sida, et le destin tragique de ses protagonistes. Quand la génération des quatre-vingt-dix y laissait des plumes d’ange, Lionel et Jean Philippe, le cousin, l’ami, le frère si vite partis.

C’était il y a un jour, quand Medhi Rahim-Silvioli et Coralie Russier, jeunes acteurs du film Cent vingt battements par minute, s’appliquaient à lire des extraits de Le Bain, une pièce de Jean-Luc Lagarce, autre icône des années quatre-vingt-dix. L’auteur prend un dernier bain avec un homme qui va mourir, son amant.

Ce concert de clôture du festival se présente comme un hommage aux morts de l’épidémie du Sida et une invitation à continuer mobilisés – trente millions de personnes infestées par le VIH trente ans plus tard. Louable au regard de l’enjeu, l’événement ne restera pas, hélas, dans les annales de la poésie. Car à la lecture douloureuse succéda un concert mi techno mi house, à partir de la BO du film Cent vingt battements par minute exécutée avec la finesse de l’hippopotame.

Ceux qui ont connu les « années Sida », qui fréquentent les pistes de danse, qui courent au festival Tomorrowland, comme ceux qui étaient simplement venus voir un spectacle dans le théâtre des théâtres sont restés froids à la prestation ampoulée, monotone et commerciale du proclamé « père de la techno ». Beaucoup de récupération et zéro supplément d’âme ! Il y a trente-cinq ans, Jean-Michel Jarre n’aurait pas été invité à jouer dans le Palais des papes, alors pourquoi aujourd’hui Rebotini, sa version « trumpisée » ?

Parce que sa musique de film a été couronnée par le César ? Parce qu’il est un militant de la cause ? Pour le vertige de la mise en abyme ? De la bouche exquise du Nancéen, on apprend que la raison est prosaïque : « parce que mon tourneur m’a trouvé cette date ». Les néons plantés comme des cierges autour des onze musiciens du Don Van Club, sa formation récente, les spots qui descendent du ciel tel le doigt vengeur d’un Dieu hypothétique, les vidéos sans inspiration qui se projettent sur le plus grand mur de scène du monde – musiciens, écailles, Rebotini, danseurs, losanges, Rebotini, musiciens, écailles, Rebotini – tout ce manque de grâce pathétique, toute cette énergie privée d’air était une « date ».

Avignon est une date.
La Cour d’honneur aussi.
Run Away Run Away Run Away !

Kakie ROUBAUD



Crédits photographiques : Christophe Raynaud de Lage



 

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