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Damien Dutrait : « Tout ce que je ne comprends pas participe à mes élans d’écriture »

Damien Dutrait : « Tout ce que je ne comprends pas participe à mes élans d’écriture »
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Pour la session du mois d’octobre, l’association ALT invite le dramaturge Damien Dutrait avec sa pièce inédite Le Lac. D’abord comédien et musicien, il écrit pour le cinéma avant de plonger dans l’écriture dramatique. Ses pièces et nouvelles sont édités depuis 2015 : Seulaumonde suivi de Diner, éditions Les Cygnes, ainsi que Photographies sans appareil, éditions Talaïa.

Entretien.

Comment décrirais-tu Le Lac en quelques mots ?

J’avais vu une version du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare et, en rentrant chez moi, je restais avec cette image d’un couple qui se perd en forêt… Le Lac est une espèce de Graal caché dans une forêt à la fois accueillante et hostile.

As-tu une anecdote à partager sur son écriture ?

Ma grande joie a été de découvrir que je pouvais faire parler un chien !

Quel est le décor ou le fond sonore lorsque tu écris ?

Je suis la plupart du temps dans la cuisine (d’ailleurs, j’adore faire des pauses pour préparer un petit plat !), avec du Vivaldi dans les oreilles, ou parfois des sonates au piano de Beethoven. Mais surtout Vivaldi, et c’est étrange parce que j’écoute assez peu de musique classique d’habitude… Il paraît qu’on surnomme Vivaldi le « drama-queen » de la musique classique. Ça me va : c’est mouvant, vivant presque. Ça me donne du souffle parfois.

Pourquoi écrire du théâtre ?

Je suis fasciné par les actrices et les acteurs… Donc écrire pour eux me semble presque naturel. Penser les mots comme de la musique, de la vibration, des résonances, du rythme, ça me plaît !

Pour qui écris-tu ?

Ma première pièce Seulaumonde (édition Les Cygnes, 2016) a été écrite pour un comédien en particulier. C’était presque facile car je l’imaginais dire les choses que j’écrivais. Ensuite, je crois que je n’écris pas spécialement pour quelqu’un en particulier, mais pas vraiment pour tout le monde non plus… J’ai l’impression que c’est d’abord un dialogue avec moi-même, qui me permet de communiquer avec le reste du monde. C’est fou comme il suffit qu’une personne te dise : « je me suis reconnu à tel endroit dans ton texte » pour que ça procure un bonheur de dingue. Donc sans doute j’écrivais pour cette personne à ce moment-là, sans le savoir. Peut-être que l’on écrit toujours avec le fol espoir d’être entendu.

Que lis-tu en ce moment ?

J’ai terminé deux pavés : Harlem Quartett de James Baldwin, qui m’a emporté de bout en bout, et Me voici de Jonathan Safran Foer. J’entame maintenant une trilogie très contemporaine : Qui a tué mon père d’Édouard Louis, Paname Underground de Johan Zarca et Vernon Subutex 2 de Virginie Despentes ! Sans compter les quelques dizaines de pièces de théâtre entamées ou en attente : Suzie Bastien, Philippe Dorin, Sonia Ristic…

Quel est ton premier souvenir de théâtre ?

Je joue Sigfried, le fils du roi, dans une adaptation théâtrale du film Les Nibelungen de Fritz Lang ; je dois arracher une épée en bois placée dans un arbre en polystyrène. L’ensemble s’est écroulé sur la scène ! L’épée s’était coincée dans le tronc d’arbre… la honte ! Mais on a continué à jouer avec ma partenaire de l’époque… Magique.

Des artistes, des pièces qui t’influencent ?

Tchekhov, énormément. Koffi Kwahulé. Beaucoup d’auteurs et d’autrices de romans, de nouvelles, de poésie et de théâtre, je ne peux pas tous les nommer. Les comédiens et comédiennes qui m’entourent aussi, ainsi que le cinéma et la musique en général.

As-tu des thèmes de prédilection dans ton travail ?

Quand on me demande ça, je réponds habituellement : des thèmes très drôles comme la mort, la famille, la maladie, la disparition des choses… Et on me répond souvent : « évidemment, quoi d’autre ? » Disons que tout ce que je ne comprends pas dans les rapports entre les gens ou dans mon propre rapport au monde participe à mes élans d’écriture. Je fonctionne très instinctivement sur mes débuts de pièces. C’est une image que je mets en place, un flash, un rêve parfois… Puis je tire des fils à partir de là et, quand ça se passe bien, j’en dégage une histoire. En conséquence, je découvre souvent les thématiques en cours de route.

En ce moment, sur quoi travailles-tu ?

Une pièce sur le patinage artistique et les Black Blocs, tout un programme ! Et, en collaboration avec Caroline Stella et Vincent Debost, une pièce sur la justice et l’injustice ; une autre sur un immeuble incendié et ses habitants…

Quelques mots à partager avant de lire ta pièce ?

Je me dis toujours qu’il faut que tout ça reste léger et drôle, et surtout sans but précis… Bonne lecture !

Propos recueillis par Annabelle VAILLANT et Vincent PAVAGEAU
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Photographie de Une – Damien Dutrait (DR)



 

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