Du jeudi 22 juillet au dimanche 1er août aura lieu la 22e édition du festival NAVA à Limoux, au cœur de la vallée de l’Aude. Un événement « en forme de plaidoyer pour une vision littéraire du monde » selon les mots de son fondateur, Jean-Marie Besset. Rencontre.

En 1999, Jean-Marie Besset crée à Limoux un festival original, baptisé : Nouveaux auteurs dans la vallée de l’Aude (NAVA). Au menu : théâtre, cinéma, conférences et tables rondes, ou encore « lecture-spectacle », une forme alors originale qui s’est répandue en France depuis.

Pour l’édition 2021 de NAVA, vingt-deuxième du nom, l’auteur et traducteur français natif de Carcassonne dit vouloir bâtir « un théâtre de résistance face à la barbarie et à la société consommatrice […] en forme de plaidoyer pour une vision littéraire du monde ».

Entretien avec Jean-Marie Besset.
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Quelle est l’intuition fondatrice du festival NAVA et comment s’intègre-t-il dans le tissu local ?

L’intuition fondatrice était une réponse au député maire de Limoux en 1999 – l’année où j’ai reçu mon Molière –, et à sa directrice de cabinet, devenue depuis sénatrice de l’Aude, d’animer la région de Limoux en été en inventant un festival de théâtre original à taille humaine et compatible avec le budget d’une petite ville.

L’idée provient d’un festival à Pittsburgh (Carnegie Mellon Festival of New Plays) au début des années 1990, auquel j’avais été invité à participer deux étés consécutifs. Logés sur le campus estival de l’université, comédiens et metteur en scène travaillaient avec un auteur à la présentation en lecture spectacle d’une nouvelle pièce. C’était excitant, intelligent, extraordinaire. C’est un auteur pionnier qui avait inventé ça, Frank Gagliano. On a répliqué la formule à Limoux.

La pandémie a-t-elle fait bouger, sur la forme ou le fond, l’événement ?

Non. La pandémie a laissé NAVA – plein air et jauges de deux cents – se poursuivre sans interruption ni contraintes notables.

Quelles sont les grandes lignes de la programmation de cette 22e édition ?

L’histoire peut être : la Révolution, Duc et Pioche font revivre des figures historiques, des personnages qui ont peut-être des clés, des intuitions, des lumières à dispenser pour aujourd’hui. NAVA 21 donne la parole à de grands écrivains (Mme de Lafayette, La Rochefoucauld, Marguerite Duras…) de grands penseurs (les commentateurs de la Révolution…), de grands artistes (Maria Callas…). S’esquisse ainsi un théâtre de résistance face à la barbarie et à la société consommatrice : en forme de plaidoyer pour une vision littéraire du monde. Ensuite, il y a des sujets d’une actualité plus sociale : l’effet d’une épidémie nouvelle (Traviata de Lisbonne), la situation critique des agriculteurs (Vacarmes), par exemple.

En marge des spectacles et des projections, vous organisez des lectures et des débats. Si vous traitez de problématiques « classiques », telles que le théâtre et l’amitié ou la reconnaissance des femmes parmi les auteurs dramatiques, vous prévoyez également une table ronde sur la corrida, que vous qualifiez de « cousine lointaine du théâtre », en lien avec un spectacle laissant la parole aux toreros. En quoi y a-t-il selon vous parenté entre théâtre et corrida ?

On entend beaucoup les opposants à la corrida. Il m’a paru que cette forme ancienne méritait qu’on donne aussi la parole à ceux qui la perpétuent, qui la pratiquent, qui l’illustrent, ou qui tout simplement l’aiment. J’ai répondu oui à la proposition du jeune comédien Yannis Ezziadi car son enthousiasme m’intriguait. Je ne vais pas personnellement dans les corridas, mais l’idée ne me viendrait pas de vouloir condamner les afficionados ou faire cesser cette pratique. Les tueries industrielles quotidiennes dans des dizaines de milliers d’abattoirs m’épouvantent sans commune mesure. Question de nombre, d’effet de masse, assurément.

Propos recueillis par Laurie AMONT

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En savoir plus : festival NAVA

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Photographie à la Une : Fernanda Barth dans Odette libre (© Blithe Williams)