L’association CirQ’ônflex adapte son festival Prise de Cirq’ : il aura finalement lieu à Dijon de juillet à décembre, avec une douzaine de compagnies au programme. Un pari tout en équilibre pour ces spécialistes de la voltige.

Développer le cirque contemporain est le rôle de l’association CirQ’ônflex, implantée à Dijon depuis un peu plus de dix ans. Son festival Prise de Cirq’, qui réunit jusqu’à 7 000 visiteurs en conditions normales, a vu sa 12e édition annulée. De retour cette année avec une programmation prolongée jusqu’à décembre, comment la structure a-t-elle rebondi et de quelle manière apporte-t-elle un soutien aux compagnies ?

Une place pour le cirque de création

Natan Jannaud est co-fondateur et directeur de l’association créée en 2008. « Au départ c’était un projet d’étudiants, on trouvait que le cirque contemporain était peu développé localement, se souvient-il. En élargissant un peu la focale, on s’est aperçu qu’il y avait peu de compagnies dans la région Bourgogne-Franche-Comté, même s’il y avait la présence d’artistes historiques dont Jérôme Thomas à Dijon, le cabaret Rasposo en Saône-et-Loire, Pochéros dans l’Yonne et le Cirque Plume côté franc-comtois, un précurseur du nouveau cirque dans les années quatre-vingts. »

Développer le cirque contemporain et non uniquement celui de performance, avec tout son panel d’esthétiques, d’un cirque épuré, plastique ou chorégraphique à des formes plus familiales, est au cœur de leur démarche, portée par la volonté d’aller à la rencontre des publics : « On mène des actions dans les écoles primaires et au collège Jean-Philippe-Rameau notamment, où il y a une section cirque, indique Natan Jannaud. On organise aussi beaucoup d’ateliers à la maison de quartier de Fontaine d’Ouche. »

Prise de CirQ’ : édition spéciale

Cette année, le festival Prise de CirQ’ n’a pas lieu dans sa forme habituelle, sur trois semaines, mais se prolonge d’avril à décembre 2021. « L’année dernière, on s’est fait avoir en plein élan, confie-t-il. Cette fois, on est un peu plus préparés, même si on devait commencer par un spectacle en avril, en partenariat avec le Dancing CDCN, qui est reporté au 7 décembre. »

Les premières dates auront donc finalement lieu en juillet. « Parmi les compagnies programmées, trois sur douze viennent de Bourgogne-Franche-Comté, précise-t-il. Certaines viennent de Belgique, dont le Flamand Alexander Vantournhout ou le Wallon Guy Waerenburgh. L’artiste d’origine dijonnaise Rémi Luchez voit son spectacle reporté en septembre ; il fait un travail autour du clown et du théâtre physique, accompagné d’une musicienne. »

Une période de flottement

Pour l’heure, certains paramètres sont encore inconnus, avec par exemple la question de savoir s’il faudra ou non monter un chapiteau : « Il y a un critère d’économie d’échelle à prendre en compte, tempère Natan Jannaud. Pour un seul spectacle, ça coûte en effet cher, même si l’association nivernaise Ô les Mats nous propose des tarifs privilégiés. » Il faut encore veiller à la disponibilité des équipes car, du fait des reports, les manifestations se concentrent pendant les mêmes périodes.

Malgré ces incertitudes, l’équipe compte sur l’attente du public. Si les différentes aides financières de l’État ont permis de garder la tête hors de l’eau à plus d’un acteur, ce sont les compagnies non subventionnées qui souffrent le plus de la crise sanitaire. « Notre priorité est de tenir nos engagements auprès des équipes artistiques, affirme-t-il. C’est surtout plus difficile de survivre pour les compagnies qui ne vivent que de la vente de leurs spectacles. »

Co-production et co-financement

Doubler les représentations est une manière de rentabiliser les spectacles pour ce festival, dont le budget est de 120 000 euros. Si la co-production n’entre pas dans les missions de l’association, c’est aussi un levier pour aider les compagnies : « On en fait un peu, à la marge, quand on a des excédents budgétaires, reconnaît-il. En 2020 on a ainsi pu soutenir la compagnie Underclouds et le collectif Vous Revoir, issu du Centre national des arts du cirque, que l’on devrait accueillir en 2022. »

Enfin et surtout, pour faire venir les compagnies aussi bien émergentes que confirmées, le co-financement est la pratique usuelle. « C’est ce qu’on fait la majeure partie du temps avec nos partenaires, on divise ainsi par deux ou par trois le coût des spectacles. »

Vers une structuration de la filière ?

Comme en témoigne Natan Jannaud, il y a une angoisse réelle au sein des différents milieux artistiques. « On se doute bien qu’il va y avoir un coup de frein et qu’on va nous ressortir le thème de la rigueur. » Structurer davantage le secteur du cirque, où il existe d’ores et déjà une dynamique et une solidarité entre les acteurs, contribuerait à pérenniser l’activité. « On se connaît tous et on a un réseau que l’on active, mais on n’a pas encore passé le pas de le formaliser. »

Localement, l’ouverture de la programmation de l’Opéra au nouveau cirque est une belle perspective. « Le fait d’avoir un grand plateau manquait à Dijon, souligne-t-il. Ça nous intéresse aussi pour qu’on comprenne que le cirque ne se pratique pas seulement dans la rue, mais dans plein de dimensions, comme sur des plateaux en bi-frontal ou en quadri-frontal. »

Mais la structure de la filière connaît des freins du fait du manque de reconnaissance des particularités du cirque. Pour le directeur de l’association, par exemple, le fait que le cirque et le théâtre appartiennent à la même catégorie aux yeux de la DRAC n’est pas toujours adapté. « Les problématiques du cirque sont parfois plus proches de la danse, car c’est le corps qui entre principalement en jeu, la prise en compte de ces spécificités serait à améliorer, pointe-t-il, ajoutant qu’au sein de l’association nationale Territoires de cirque, un travail est fait dans ce sens. On rend des copies au ministère de la Culture, notamment pour que le chapiteau soit mieux financé ; c’est un outil que l’on maîtrise et qui permet d’aller dans les zones blanches. »

Proposer des spectacles de cirque sous ses formes à la fois avant-gardistes et conviviales, est l’ambition de l’association CirQ’ônflex. Son activité permet de révéler les compagnies, prouvant que le cirque est adaptable et tout terrain, sans rien perdre de son identité de cirque de création.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté

En savoir plus : festival Prise de Cirq’

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Photographie à la Une : © Alexis Doré



Natan Jannaud (© Morgane Macé / Profession Spectacle)

Natan Jannaud (© Morgane Macé / Profession Spectacle)