Chronique des confins (10)

François Amanecer

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Un jour, une écriture – Le confinement porte en lui-même une intimité, une profondeur dont peuvent se saisir les écrivains et les écrivaines, notamment de théâtre et de poésie. Nous les avons sollicités, afin qu’ils offrent généreusement leurs mots, leur écriture des confins… Derrière l’humour qui inonde les réseaux sociaux, il y aura toujours besoin d’une parole qui porte un désir, une attente, un espoir, du sens.

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.I.
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Celui qui la traverse – la dégénérescence – la scrute avec patience

curiosité de condamné souhaitant

‘criant beaucoup sans cependant jurer

levant la tête et

se regardant’

tout vivre de son

supplice

20 mars 2020

.II.
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Ossip Mandelstam :
‘La frêle chronologie de notre ère touche à son terme.
Merci pour ce qui a été :

 

À chacun son souffle, à chacun son aire, point de

souffles qui se mêlent

le bonheur enfin ! : nous vivons dans des ballons

‘à chacun son air’

même le fond de l’air n’appartient plus à tous, certains

   respirent, d’autres étouffent.

 

Je me suis trompé, je me suis égaré, j’ai perdu le

    compte,

Et notre ère vibrait comme une sphère d’or

In Tristia (extrait)

 

Des ballons noirs montent vers le ciel, d’autres s’écrasent sur le

macadam

tous explosent : il faut s’en écarter

‘ne point respirer leur gaz fétide’

L’un d’eux, visage dégonflé, s’est échoué dans un

   caniveau – un enfant l’embrasse.

22 mars 2020

.III.
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La neige couvre la nuit de blêmes diffractions

– couche de peinture écaillée

sur un mur de

goudron

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Il la regarde tomber du haut de la terrasse

– la sent qui caresse puis brûle

son visage d’

intouchable

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: elle

lui nuit.

24 mars 2020

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François AMENECER

Poète et essayiste

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