Le Festival Mimos, dédié aux arts du mime et du geste, devait se tenir du 29 juillet au 2 août 2020. Mais l’événement périgourdin a suivi la courbe en chute libre des festivals estivaux, avec annulation à la clef. Une occasion de repenser l’art au cœur de la cité. Entretien avec sa directrice.

L’événement étant en lien avec la scène de l’Odyssée de Périgueux, le lieu est donc affecté par l’annulation du Festival, puisque tous les guichets sont également fermés jusqu’à nouvel ordre. Entre perte financière et perte d’un travail artistique prévu de longue haleine, le constat est lourd. Sans perspective certaine, la programmation à venir demeure également liée aux aléas de l’actualité.

Nathalie Elain, directrice du festival Mimos et de l’Odyssée, garde malgré tout le cap et profite de cette situation inédite pour intégrer cette invitation à la lenteur dans ces projets futurs.

Entretien.

Comment l’annulation de la 38e édition du festival Mimos de Périgueux a-t-elle été décidée et vécue ? Pourquoi avoir annulé plutôt que reporté ?

Le choix de l’annulation est évidemment lié à la crise qu’on traverse. Mais nous travaillons à un report pour l’année prochaine. L’édition serait calquée sur celle de cette année, en fonction de la disponibilité des artistes et d’un ajustement en fonction de ce qui fera sens dans le monde en 2021, afin qu’elle soit en résonance avec ce que l’on traverse. La programmation prévue cette année sera au maximum préservée, car le travail a été fait et ce serait dommage de ne pas en profiter. Mais je demeure prudente quant à la communication au sujet de ce report, ne sachant pas encore ce qu’il en sera. Il est difficile, à cause de cela, de s’engager fermement avec des artistes. Cette année, nous attendions une vingtaine d’artistes pour le In, et de même pour le Off. Camille Boitel devait présenter une création en ouverture, puis nous devions avoir Claudio Stellato, Alexander Vantournhout ou encore Marcos Morau, ainsi que de jeunes créateurs.

Sur le plan financier, quel est le schéma budgétaire et l’impact de l’annulation ?

La scène de l’Odyssée de Périgueux porte le festival. Son financement est non seulement porté par plusieurs partenaires – la ville, le département, la région et l’État –, mais il tient encore à la billetterie à hauteur de 30 % environ. Nous avons assez de soutiens pour maintenir l’édition de l’an prochain, parce que la scène de l’Odyssée est labellisée. Mais toutes les collectivités étant touchées par la crise, nous restons suspendus à l’avenir incertain, à la sortie de cette période. Il est trop tôt pour savoir si les subventions seront maintenues ou non, et à quelle hauteur. Nous essayons déjà d’estimer le coût de l’annulation, puisqu’il y a eu beaucoup de frais engagés, et nous souhaitons honorer tous les salaires des artistes, de l’équipe administrative et technique. C’est une négociation que nous menons actuellement avec la ville.

Quelles mesures avez-vous choisies vis-à-vis des employés et des artistes ?

La majorité des employés sont des intermittents, donc ce sont leurs contrats que je souhaite honorer, au lieu d’avoir recours au chômage partiel. À mon sens, la proposition du gouvernement à l’encontre des intermittents n’est pas satisfaisante. Il faut continuer à respecter nos engagements quand c’est possible, c’est ce vers quoi je m’achemine. Il y a un devoir d’exemplarité de la part d’une scène labellisée et de soutien à l’égard du milieu culturel, précaire de toute façon. La mesure gouvernementale est bien pour ceux qui n’ont pas le choix, mais cela ne doit pas nous déresponsabiliser de nos engagements. Aujourd’hui, le problème est de parvenir à convaincre les collectivités, peu experts de la question et préférant suivre les prises de décision de l’État. Au sujet du maintien des droits des intermittents jusqu’en 2021, c’est peut-être une mesure éclatante, mais surtout dérangeante. Je ne comprends pas la différence de traitement par rapport aux autres précaires, ceux de la restauration ou encore les intérimaires. Pourquoi le monde de la culture serait-il favorisé sous prétexte que ses porte-parole savent mieux s’exprimer ? Cette mesure devrait dans ce cas concerner tous les précaires, et ne pas en privilégier certains.

Quel avenir proche se dessine pour la scène de l’Odyssée ?

Nous communiquerons en septembre sur la programmation de la saison prochaine, mais cela bouge encore beaucoup, car certains artistes sont déstabilisés dans leur organisation. Certaines compagnies, qui misaient sur une économie de reprise artistique, annulent faute d’avoir pu répéter et mettre en place leur spectacle. Sinon, j’envisage une reprise classique, ne serait-ce que vis-à-vis des artistes, afin de maintenir l’économie du lieu et la possibilité de présenter les créations au public.

Cette expérience vous fait-elle réfléchir à de nouveaux formats de gestion pour la scène ?

Je suis arrivée il y a un an… Mon premier souhait était déjà de ralentir, d’établir un régime de l’attention, ce qui n’est pas possible dans la surproduction habituelle de nos catalogues, avec des artistes qui se succèdent à toute vitesse sur scène. Questionner les rythmes et la manière d’être en relation m’interpellait déjà. En ce sens, cette crise me confirme dans cette perspective. Le 23 mai, je vais réunir neuf personnes de la société civile : un médecin, un artiste, un élu à la culture, un président des antennes du Crédit agricole, un étudiant ou encore une spectatrice. Nous questionnerons ensemble la place de l’art vivant à Périgueux, le travail à l’échelle de la ville et de ses habitants, pour que l’art ne soit pas un problème d’entre-soi et retrouve son rôle au cœur de la ville, peut-être autrement, en mettant à contribution l’intelligence collective.

Propos recueillis par Louise ALMÉRAS

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Photographie de Une – Nathalie Elain (© Francis Aviet)