Interceltique 2018 – Lisardo Lombardía : « Ma priorité : la qualité culturelle et artistique »

Interceltique 2018 – Lisardo Lombardía : « Ma priorité : la qualité culturelle et artistique »
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Dans un peu plus d’un mois s’ouvrira le 48e festival Interceltique de Lorient (FIL), qui met cette année le Pays de Galles à l’honneur. Nous avons présenté, en mai dernier, cette nouvelle édition. Mais quelle est la vision de son directeur artistique, Lisardo Lombardía ?

Entretien.

Vous annoncez d’importants changements pour le festival au cœur de la ville de Lorient. En quoi consistent-ils ?

Les travaux de la ville s’achèveront enfin – c’est le bon côté de l’affaire – cette année, ce qui nous conduit à certains changements : le village celte, qui était derrière le Palais des Congrès, sera déplacé à côté du stade en raison de la construction d’un miroir d’eau sur son emplacement d’alors, qui ne permet plus de cuisiner sur l’ancien emplacement. Il y aura également, sur le quai des Pays Celtes, un emplacement avec tous les produits celtes liés à la mer. Trois grands chapiteaux feront face à celui du pays à l’honneur – cette année le Pays de Galles –, au centre de la place des Pays Celtes, représentant l’Acadie, la Galice et l’Écosse.

Quelles animations prévoyez-vous dans le nouveau village celte ?

Nous serons sur un format « garden party ». Sauf que le dernier week-end, vendredi et samedi, une proposition sera faite au public de chanter tous ensemble. C’est une nouveauté importante, qu’on a appelée : « À l’heure de l’apéro, chantons tous ensemble ! » Simple et efficace. Nous aurons un groupe qui jouera des morceaux, populaires et connus, de chaque pays celtique, ainsi que des grands tubes internationaux, qui ont marqué toute une génération, tels que « Satisfaction », « I don’t want a lover »…

Quels risques avez-vous pris lors de ce festival ?

Lisardo Lombardía (© Pierre Gelin-Monastier)

Lisardo Lombardía (© Pierre Gelin-Monastier)

Il y a de nombreux artistes de qualité, reconnus internationalement, qui restent ignorés du public français. Telle est la situation en France : les gens ont du mal à sortir des sentiers battus pour découvrir des artistes nouveaux, qui ne sont pas dans les rouages du « show-business ». Y compris des groupes tels que Manic Street Preachers, qui remplissent des stades au Royaume-Uni mais qui demeurent peu connus ici : ils ont joué au Bataclan il y a quelques années, mais c’est la première fois qu’ils viennent dans un grand festival. Pour nous, c’est un risque de convaincre, de rassembler à la fois des médias et des festivaliers. Je crois que, malgré tout, nous réussissons notre pari : beaucoup de personnes viennent découvrir de nouveaux artistes émergents ; nous le voyons dès le mois de mai lors des représentations.

Cette envie de découverte est-elle une caractéristique du FIL ?

Oui, une caractéristique majeure. Combien de fois un groupe tel que Depeche Mode a-t-il été programmé cette année en France ? Ils sont partout… Le groupe est magnifique, je ne dis pas le contraire, mais il devrait y avoir des espaces pour d’autres propositions. Ce qui se passe, c’est que les gens ont peur, de l’évolution, de l’économie… Si la gestion est évidemment importante, ma priorité est claire : la qualité culturelle et artistique. Nous avons par exemple invité, il y a quelques années, Anoushka Shankar, qui a quinze Grammy derrière ses épaules : il n’y eut que 900 entrées pour une salle de 4 500 places ! C’est parfois très décourageant pour un programmateur. Tu te poses forcément des questions. Mais cela ne m’empêchera jamais de privilégier le contenu sur la rentabilité.

Le Pays de Galles est à l’honneur cette année, ce qui n’était pas arrivé depuis 2008. Comment sentez-vous cette scène galloise aujourd’hui ?

C’est l’exemple parfait d’une évolution énormément rapide. Il y a eu un engagement des musiciens gallois de dépasser les clichés, de ne pas en rester aux chœurs et à la seule harpe… Même les chœurs se renouvellent, puisque certains proposent désormais une musique plus moderne, en polyphonie, interprétée par des jeunes de moins de 30 ans. Je pense par exemple à Only Boys Aloud. Quant à la triple harpe, elle reste majeure, mais elle s’inscrit dans un ensemble plus large et riche. Nous trouvons au Pays de Galles des artistes capables de faire du jazz, du folk progressif ou de la musique indépendante à très haut niveau. Ce pays est d’une très grande créativité !

Vous avez lancé votre campagne « Cap 2020 », qui verra le festival Interceltique de Lorient fêter sa cinquantième édition. Quels sont les enjeux à venir ?

La Galice sera mise à l’honneur l’an prochain, avant que la 50e édition du festival Interceltique célèbre… la Bretagne. Créatrice de l’événement, la Bretagne a permis de donner un espoir, une autre vision de la culture identitaire celte qui était jusqu’alors, sur le promontoire de l’Atlantique, un peu perdue dans le monde. Telle est notre histoire. Et c’est pourquoi nous désirons que la ville de Lorient soit reconnue « capitale interceltique ». Le maire doit partir à la retraite en 2020 : ce serait une belle occasion pour lui de quitter ses fonctions en nous laissant un petit cadeau… de toute justice, d’ailleurs !

Propos recueillis par Pauline ANGOT et Pierre GELIN-MONASTIER

 



Crédits photographiques : Pierre Gelin-Monastier



 

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