Interview. Adina Pintilie : « Touch Me Not », Ours d’or à Berlin 2018, sort mercredi

Interview. Adina Pintilie : « Touch Me Not », Ours d’or à Berlin 2018, sort mercredi
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Forte d’une grande expérience dans le champ du cinéma expérimental, Adina Pintilie est devenue cette année la première réalisatrice roumaine jamais sélectionnée en compétition au festival de Berlin… Une performance largement redoublée puisque son premier long-métrage, Touch Me Not, a remporté le prestigieux Ours d’or ! Le film sort dans les salles françaises ce mercredi 31 octobre, distribué par Nour Films.

Synopsis – Dis-moi comment tu m’as aimée pour que je sache comment aimer. Une cinéaste et ses personnages s’aventurent ensemble dans une recherche personnelle sur l’intimité. À la frontière fluide entre réalité et fiction, Touch Me Not suit les parcours émotionnels de Laura, Tómas et Christian, livrant une vision profondément empathique de leur vie. Cette soif d’intimité pourtant les effraient, mais ils travaillent à vaincre les vieux schémas, les mécanismes de défense et les tabous pour couper le cordon et enfin s’en libérer.

Entretien Cineuropa avec Adina Pintilie.

Touch Me Not a beaucoup évolué pendant ces années de préparation. Pouvez-vous nous raconter comment il a finalement pris la forme qu’il a aujourd’hui ?

Tout a commencé comme une exploration personnelle. Quand j’avais vingt ans, je croyais que je savais tout de l’amour, de ce qu’une relation intime saine devait être, du fonctionnement du désir, etc. Aujourd’hui, après vingt ans d’épreuves et de tribulations, toutes mes idées sur l’intimité, auparavant si claires, semblent avoir perdu leur définition et être devenues plus complexes et troublantes de contradictions.

Le projet a commencé comme une réflexion sur ce parcours subjectif, motivée par ma curiosité de découvrir comment d’autres personnes abordaient cet aspect compliqué de leur vie. Le film, fruit de très longues recherches, a fonctionné en mélangeant réalité et fiction, acteurs de métier et non-professionnels, et en fusionnant des éléments écrits et des éléments réels. Un groupe merveilleux de personnages doués et courageux se sont aventurés avec moi dans cette entreprise, qui se situe dans une zone floue, quelque part entre leur vraies biographies et leurs vies fictionnelles. Nous avons utilisé des méthodes comme la constellation familiale, la réalité mise en scène, la reconstitution de souvenirs ou de rêves, la rencontre de personnages réels et fictionnels, les journaux intimes sur vidéo, etc. La forme du film a évolué de manière organique tout au long de cette entreprise complexe d’exploration de soi dans laquelle les personnages ont pris le risque de se lancer avec moi.

Auriez-vous quelque chose à dire au public avant qu’il ne découvre le film, peut-être pour leur fournir une clef d’interprétation ?

Il ne s’agit peut-être pas de quelque chose que je voudrais dire aux spectateurs avant, mais de quelque chose que j’espère vraiment qu’ils garderont en eux en quittant le cinéma après la projection : j’espère qu’ils vont vivre ce film avec un cœur ouvert. J’espère que le film va pouvoir créer un espace de réflexion (personnelle mais pas seulement) et de transformation à l’intérieur duquel le spectateur sera mis au défi de remettre en question son expérience et ses idées sur les relations intimes entre les gens. J’espère que le film pourra engager un dialogue et favoriser l’empathie, l’inclusion et la liberté d’expression. J’espère stimuler la curiosité du public face à l’Autre, un Autre qui peut être différent, et la capacité d’empathie qui nous permet de nous mettre dans la peau de cet Autre.

Qu’est-ce qui vous a décidée à devenir un personnage du film ? Aviez-vous des réserves quant à cette possibilité ?

Dans le film, la caméra et moi, la réalisatrice, sommes avant tout des témoins silencieux des expériences des personnages, la lentille étant la voie de communication qui donne au spectateur la possibilité d’accéder à certaines des zones les plus intimes des vies de ces gens. Ma présence apporte aussi l’élan émotionnel initial, qui met en route le processus de recherche, établissant un cadre pour lire le film. Bien que l’attention ne soit pas tournées sur la réalisatrice, mais bien plutôt sur ces formidables êtres humains qui m’ont aidé à redécouvrir ou à réapprendre l’intimité dans le film. Je suis plus comme une enfant qui découvre le monde avec curiosité et émerveillement, qui découvre combien les êtres humain peuvent être surprenants et beaux, combien de poésie on peut trouver au cœur d’une personne comme Laura, ou Thomas, ou Christian, Grit et les autres. Je suis profondément reconnaissante envers ces personnages incroyablement courageux, qui ont pris d’énormes risques à partager avec nous, avec la caméra, certaines de leurs zones les plus vulnérables.

Avez-vous commencé de travailler sur un nouveau film ? Pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

Je travaille en ce moment sur de nouveaux longs-métrages, les deux reprenant la recherche sur l’intimité que nous avons commencée avec Touch Me Not pour aller plus loin. Le premier que je vais réaliser, qui s’appelle pour le moment The Death and the Maiden [« La mort et la jeune fille », NDLR], sera la radiographie détaillée d’une relation sur une longue période de temps, avec ses hauts et ses bas, en mettant l’accent sur la manière dont le temps et la subjectivité de la mémoire informe notre expérience de l’intimité.

Propos recueillis par Stefan DOBROIU

 



Photographie de Une – Ours d’or pour « Touch Me Not » de la Roumaine Adina Pintilie
lors de la Berlinale 2018 (REUTERS/Fabrizio Bensch)



 

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